À moins de deux semaines de l’élection présidentielle du 25 octobre, la Côte d’Ivoire retient son souffle alors que le président sortant Alassane Ouattara, 83 ans, se lance dans la course pour un quatrième mandat. Malgré une croissance économique affichée, le climat politique polarisé, les doutes sur la transparence électorale et un bilan contesté suscitent des inquiétudes croissantes parmi les investisseurs et observateurs étrangers.
Si le pays reste le premier producteur mondial de cacao et un acteur central en Afrique de l’Ouest, nombre d’experts soulignent les failles persistantes d’un modèle économique trop dépendant des matières premières et peu redistributif. Malgré des taux de croissance souvent supérieurs à 6 %, la pauvreté demeure élevée, les inégalités territoriales criantes et le chômage des jeunes largement sous-estimé dans les statistiques officielles.
Le recours par Ouattara à une interprétation controversée de la Constitution pour justifier une nouvelle candidature continue d’alimenter la défiance d’une partie de la population et des partenaires internationaux. Les précédents épisodes électoraux ont été entachés de violences, et plusieurs voix dénoncent une instrumentalisation des institutions à des fins politiques, y compris au sein de la Commission électorale.
Le climat d’affaires, quant à lui, reste perçu comme incertain. Les promesses de transparence, de lutte contre la corruption et de bonne gouvernance peinent à se concrétiser. De nombreux investisseurs étrangers notent un environnement juridique opaque, des risques d’ingérence politique et une justice perçue comme peu indépendante.
En matière de sécurité, les tensions au nord du pays et les menaces liées à l’instabilité dans la région sahélienne font craindre un affaiblissement de l’appareil étatique à long terme, malgré l’arsenal rhétorique déployé par le pouvoir pour se présenter comme rempart contre le chaos.
Alors que les regards sont tournés vers le scrutin du 25 octobre, l’opacité sur les conditions d’organisation du vote et l’absence d’une véritable alternance politique renforcent l’impression d’un verrouillage du système au profit d’un pouvoir vieillissant. Pour les investisseurs, la prudence reste de mise : stabilité ne signifie pas toujours confiance, et croissance ne rime pas forcément avec équité ou durabilité.