Premier Mai à la carte : quand sénateurs et boulangers bousculent la Fête du Travail
Premier Mai à la carte : quand sénateurs et boulangers bousculent la Fête du Travail

Les contrôleurs n’étaient pas encore sortis des fournils vendéens que, déjà, les sénateurs centristes dégainaient leur riposte. Cinq artisans relaxés la semaine dernière pour avoir pétri le 1er mai 2024 ? Qu’à cela ne tienne : Annick Billon et Hervé Marseille déposent dans la foulée une proposition de loi taillée sur mesure. Objectif : rendre enfin légal ce qui se pratique sous le manteau depuis des années — ouvrir quand tout le monde ferme, sans craindre l’amende à 750 euros par salarié. Et comme le gouvernement adore la ponctualité, Christine Vautrin annonce dans le même souffle son soutien « dans le respect absolu du volontariat ».

Du pain chaud au Sénat, la liste des exceptions s’allonge

Le texte expédie dans le Code du travail une nouvelle dérogation : tout commerce déjà autorisé le dimanche pourra travailler le 1er mai, qu’il s’agisse d’une boulangerie, d’un fleuriste ou d’un kiosque utile aux vacanciers en goguette. La date fétiche du mouvement ouvrier resterait fériée, promet-on, mais le patron pourra faire tourner le pétrin si la ville sent la baguette au petit matin. Les syndicats crient déjà à la brèche dans un symbole centenaire ; les auteurs rétorquent qu’ils « adaptent le droit aux réalités » et que la Cour de cassation de 2006 avait de toute façon coupé l’ancienne dérogation ministérielle en deux. 

Entre flou juridique et offensive politique, le volontariat à l’épreuve du terrain

Si l’exécutif pousse pour une adoption avant fin juin, c’est autant pour sécuriser les vendeurs de muguet que pour amadouer cinquante députés LR vent debout depuis leur lettre ouverte. Reste le nerf de la guerre : le volontariat. Dans les petits commerces, le salarié qui refusera le fournil ce jour-là devra-t-il dire adieu à son CDI ? Les auteurs jurent que non, la CGT n’y croit pas un instant. Sur les étals, en attendant, les gerbes de fleurs feront front avec les brioches tièdes : le 1er mai prochain pourrait bien sentir à la fois le lys des travailleurs et le beurre de tourage.

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