Dimanche, Marseille a donné une photographie politique contrastée, presque coupée en deux. Trois candidats se retrouvent au second tour des municipales, avec le maire sortant Benoît Payan légèrement en tête après le premier tour, talonné par le candidat RN Franck Allisio, tandis que Martine Vassal, pour la droite et le centre, arrive troisième. L’appel de Benoît Payan à la mobilisation pour « faire barrage » au RN donne le ton d’entre-deux-tours, dans une ville où la participation n’est pas qu’un chiffre, c’est une frontière entre secteurs.
Au nord de la ville, cette frontière est brutale. Dans le bureau 1581, installé dans une école de la cité du parc Kallisté, l’abstention a grimpé à 79% au premier tour, record local relevé sur place. Le décor, lui, est connu des habitants: dégradation du cadre de vie, propreté en berne, sentiment d’insécurité, logements qui vieillissent mal. Et surtout une phrase qui claque comme une porte: « Les politiques ne font rien ». Ici, le bulletin a le goût amer des promesses répétées, puis rangées dans un tiroir dès le lendemain.
Dans la cité, le vote ressemble à une promesse jamais tenue
Rester chez soi, c’est aussi une manière de répondre. Certains racontent ne plus voter depuis des années, lassés des engagements de campagne et convaincus que rien ne change, quel que soit le nom sur l’affiche. Cette abstention n’a rien d’un caprice du moment, elle s’ancre dans la précarité, la distance aux institutions, l’impression d’être loin du centre, loin des décisions, loin des priorités. À force, la politique devient un bruit de fond, et le jour du scrutin, le silence des urnes s’installe presque naturellement.
À l’approche du second tour, une remobilisation reste possible, mais elle s’annonce fragile. Certains habitants disent vouloir se déplacer sans toujours identifier clairement les candidats en lice, d’autres évoquent un vote de barrage contre le RN, tout en rappelant que les rares suffrages exprimés dans la cité se sont majoritairement portés sur la gauche au premier tour. Dans une municipale qui se joue par secteurs, ces quartiers où l’on ne vote pas peuvent finir par décider pour tous, et c’est là que la campagne entre dans sa zone la plus sensible, celle où l’on ne gagne pas seulement des voix, mais un minimum de confiance.
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