Moldavie : sept ans de prison pour la dirigeante pro-Kremlin de Gagaouzie dans une affaire de fraude électorale
Moldavie : sept ans de prison pour la dirigeante pro-Kremlin de Gagaouzie dans une affaire de fraude électorale

CHISINAU — Un tribunal moldave a condamné mardi Evgenia Gutul, dirigeante de la région autonome de Gagaouzie, à sept ans de prison pour avoir illégalement acheminé des fonds depuis la Russie en vue de financer un parti politique pro-Moscou, dans ce que les autorités moldaves qualifient d’opération de déstabilisation du pays.

Selon l’acte d’accusation, Gutul aurait, entre 2019 et 2022, orchestré le transfert de sommes d’argent non déclarées en Moldavie afin de soutenir financièrement le parti « Shor », désormais interdit. Ce parti avait été fondé par Ilan Shor, homme d’affaires moldave en exil, déjà reconnu coupable de fraude massive dans un autre scandale retentissant ayant secoué le pays.

La dirigeante, connue pour ses positions pro-russes affirmées et ses critiques acerbes contre le gouvernement pro-européen de Chișinău, a nié toute implication illégale. Elle s’était rendue à plusieurs reprises à Moscou ces dernières années pour y rencontrer de hauts responsables russes. Malgré ses protestations d’innocence, le tribunal a rejeté sa défense, tout en prononçant une peine inférieure aux neuf ans requis par le parquet.

Evgenia Gutul figure également sur les listes de sanctions de l’Union européenne et des États-Unis, qui la soupçonnent d’avoir joué un rôle central dans les tentatives d’ingérence russe visant à affaiblir les institutions démocratiques moldaves. Son procès a été suivi de près dans un pays de plus en plus tiraillé entre son orientation occidentale et les influences pro-russes encore puissantes dans certaines régions.

La réaction du Kremlin ne s’est pas fait attendre. Moscou a dénoncé une décision motivée par des « considérations politiques » et a accusé Chișinău de porter atteinte à la démocratie en s’attaquant à l’opposition pro-russe. Une déclaration qui intervient dans un climat déjà tendu entre les deux capitales, alors que la Moldavie poursuit activement son rapprochement avec l’Union européenne.

La condamnation d’Evgenia Gutul marque un tournant dans la lutte du gouvernement moldave contre les réseaux d’influence russes sur son territoire. Elle intervient dans un contexte de surveillance accrue des financements politiques et de durcissement des lois électorales, dans un pays qui aspire à intégrer l’Union européenne tout en restant exposé aux pressions géopolitiques de son voisin de l’Est.

Ce verdict pourrait accentuer les tensions internes, notamment dans la région de Gagaouzie, historiquement favorable à Moscou. Il illustre également les efforts de Chișinău pour réaffirmer l’autorité de l’État central face aux mouvements et figures politiques accusés de faire le jeu du Kremlin.

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