Le président bolivien Luis Arce a annoncé mardi soir qu’il ne briguerait pas un second mandat lors des élections prévues en août prochain, invoquant la nécessité de préserver l’unité de la gauche face à une droite qu’il juge menaçante pour les acquis sociaux et politiques du pays.
Dans une allocution solennelle à la nation, Arce a expliqué sa décision par le risque de division de l’électorat progressiste, à un moment où le parti au pouvoir, le Mouvement vers le socialisme (MAS), est profondément fracturé. « Je ne veux pas être l’instrument qui faciliterait le retour de la droite au pouvoir », a déclaré le chef de l’État, au ton grave. « Mon engagement envers le peuple bolivien reste intact. »
Économiste de formation et ancien ministre des Finances d’Evo Morales, Luis Arce avait été élu président en 2020 avec une large majorité, promettant de relancer l’économie après la crise politique et sanitaire. Sa présidence a été marquée par une politique sociale de continuité avec l’ère Morales, mais aussi par une progressive détérioration des relations avec ce dernier, qui reste une figure tutélaire incontournable de la gauche bolivienne.
La rivalité entre Arce et Morales s’est accentuée au sein du MAS, chacun rassemblant ses propres soutiens et orientations. Morales, interdit de se présenter en vertu de la Constitution, a désigné son poulain politique, le président du Sénat Andronico Rodriguez, comme candidat officiel du parti. Ce jeune leader, vu comme le dauphin d’Evo Morales, incarne une ligne plus radicale au sein du mouvement.
L’annonce du retrait d’Arce pourrait modifier profondément les rapports de force à gauche et ouvrir la voie à une candidature unifiée, condition souvent évoquée pour éviter une dispersion des voix progressistes lors du premier tour. Si l’électorat du MAS venait à se diviser, cela favoriserait les candidats conservateurs, aujourd’hui en embuscade après plusieurs années d’hostilité politique.
La décision d’Arce, saluée par certains comme un acte de responsabilité politique, suscite également des interrogations sur l’avenir immédiat du MAS, déjà affaibli par des luttes intestines. Reste à savoir si les différentes factions du parti parviendront à s’entendre sur un programme commun, ou si les tensions internes continueront à miner leur cohésion en vue du scrutin.
À moins de trois mois des élections générales, l’annonce du président Arce rebat les cartes du paysage politique bolivien et laisse entrevoir une campagne tendue, dans un climat de polarisation croissante.