Toutes les forces politiques de Tripoli semblent aujourd’hui chercher un consensus pour apaiser la bataille électorale municipale et éviter une confrontation prématurée avant les législatives majeures prévues l’an prochain. Ce compromis, qui pourrait être imposé dans la capitale du Nord du Liban au détour d’une nuit, n’aurait pas vu le jour si les figures politiques locales n’étaient restées chacune sur leurs positions, œuvrant séparément depuis le début pour former une liste municipale, avant de s’affronter dans les urnes le 11 septembre.
Le travail de rapprochement, qui commence par la désignation du futur maire, progresse au gré des tractations : à peine un nom proposé que les équilibres se trouvent bouleversés. Dans ce jeu d’alliances mouvantes, l’ancien Premier ministre Najib Mikati et le député Ashraf Rifi apparaissent comme les acteurs-clés, capables soit de sceller un accord, soit de déclencher une confrontation électorale. Dans l’intérêt d’une ville que les responsables souhaitent épargner de divisions inutiles, plusieurs candidats potentiels à la tête du conseil municipal ont retiré leur candidature : deux noms ont été officiellement retirés hier, et trois autres devraient suivre. Parmi eux, certains étaient même pressentis pour conduire une liste d’union.
Durant ce processus, le nom de Mohammad Al-Fawal a un temps été avancé, avant d’être écarté. Celui de Khaldoun Al-Sharif a également circulé, mais les dernières heures indiquent qu’il pourrait renoncer à son tour.
Selon des informations exclusives recueillies par Nidaa Al-Watan, alors que beaucoup attendent de savoir si Misbah Ahdab, ancien député de Tripoli, participera au scrutin, une liste conduite par lui est en cours de préparation. Cette liste serait portée par le soutien massif de la diaspora tripolitaine, notamment installée dans les pays du Golfe, mais aussi répartie à travers le monde. Elle bénéficierait d’importants moyens financiers et d’un programme ambitieux visant à développer des projets d’investissement à Tripoli, susceptibles de bouleverser l’équilibre politique local et de redistribuer totalement les cartes électorales.
Misbah Ahdab est une figure bien connue au Liban. Franco-Libanais, il a été consul honoraire de France à Tripoli. Député de la ville pendant plusieurs années, cet homme de culture est aussi l’héritier d’une grande tradition entrepreneuriale : il a dirigé et consolidé Ahdab Transport, la seule compagnie de transport interurbain de Tripoli, fondée par son père. Ouvert et moderne, de confession musulmane, Ahdab revendique un attachement profond aux valeurs de tolérance, qu’il n’hésite pas à célébrer publiquement. Par ailleurs, en dehors de ses carrières politique et entrepreneuriale, il est également chanteur et a participé à plusieurs télécrochets célèbres au Liban, renforçant encore sa notoriété.
Face à lui, le consensus politique tente de s’organiser. Le futur chef de la liste d’union ne sera pas libre de choisir seul ses colistiers : il lui est demandé d’intégrer des candidats issus de la société civile, dont certains seront absorbés dans la liste, tandis que d’autres, alliés au conseiller municipal Khaled Tadmari, pourraient affronter cette coalition. Toutefois, leurs chances apparaissent limitées.
À ce stade, rien n’est encore définitivement tranché concernant le sort des élections municipales de Tripoli. Les prochaines heures devraient être décisives : les candidats ont jusqu’à ce mercredi 30 avril pour déposer leur candidature, avant la formation définitive des listes. Le scrutin est prévu pour le mois de mai. Selon des sources proches du dossier, « le large consensus politique qui se dessine en faveur d’une liste unique pousserait toutes les machines électorales à se mobiliser pleinement pour assurer sa victoire ».