Le Salvador lève la limite des mandats présidentiels, ouvrant la voie à une nouvelle candidature de Bukele
Le Salvador lève la limite des mandats présidentiels, ouvrant la voie à une nouvelle candidature de Bukele

SAN SALVADOR, 1er août – Le Congrès salvadorien, dominé par le parti au pouvoir, a adopté jeudi une réforme constitutionnelle majeure supprimant la limitation des mandats présidentiels, autorisant ainsi potentiellement Nayib Bukele à briguer un troisième mandat consécutif à la tête du pays.

La mesure, adoptée au terme d’un débat tendu mais sans réelle opposition parlementaire, modifie une disposition longtemps considérée comme un pilier démocratique du système politique salvadorien. La Constitution interdisait jusque-là formellement la réélection immédiate du président, une règle contournée en 2021 lorsque la Cour suprême – composée de juges nommés par des alliés de Bukele – avait autorisé une seconde candidature controversée.

Réélu triomphalement en 2024 dans un climat de forte popularité populaire et d’un contrôle accru sur les institutions, Bukele n’avait pas explicitement évoqué l’idée d’un troisième mandat. Cependant, la réforme adoptée jeudi par ses partisans au Congrès lève désormais tout obstacle légal à une éventuelle reconduction en 2029.

Les critiques dénoncent une dérive autoritaire. « Cette réforme entérine la concentration du pouvoir exécutif et érode les garde-fous démocratiques », a déclaré un représentant d’une ONG locale de défense des droits civiques, interrogé sous couvert d’anonymat. « C’est un pas de plus vers un régime sans alternance réelle. »

Le gouvernement, de son côté, justifie la réforme par la volonté de « refléter la volonté du peuple » et de « garantir la stabilité et la continuité des politiques publiques ». Depuis son arrivée au pouvoir en 2019, Nayib Bukele a bénéficié d’un fort soutien populaire, en particulier grâce à sa politique de sécurité très répressive à l’égard des gangs criminels, qui a radicalement changé la donne dans un pays longtemps miné par la violence.

L’opposition, largement marginalisée depuis les élections de 2021, dénonce un effondrement de la séparation des pouvoirs. Plusieurs partis et organisations de la société civile envisagent de saisir des juridictions internationales pour contester cette réforme, qualifiée par certains de « coup d’État juridique ».

La communauté internationale observe cette évolution avec préoccupation. Plusieurs chancelleries occidentales, dont celles de Washington et de Bruxelles, ont déjà exprimé leurs inquiétudes quant à la dérive institutionnelle du Salvador et à l’érosion progressive de ses mécanismes démocratiques.

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