C’est un moment décisif pour le gouvernement de Sébastien Lecornu. Depuis 9h ce jeudi matin, l’Assemblée nationale examine les deux motions de censure déposées par La France insoumise (LFI) et le Rassemblement national (RN). Après plusieurs heures de débats tendus, la présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet, a suspendu la séance : le scrutin est désormais ouvert pour la motion LFI. Les députés favorables à la chute du gouvernement ont jusqu’à 11h30 pour voter dans les salles attenantes à l’hémicycle. Seuls les parlementaires qui soutiennent la censure peuvent déposer leur bulletin, les autres s’abstenant ou quittant l’hémicycle.
Les échanges ont été marqués par une forte charge politique. Aurélie Trouvé, députée LFI, a ouvert les débats en qualifiant l’exécutif de « gouvernement de vaincus », dénonçant la « suspension trompeuse » de la réforme des retraites. À sa suite, Marine Le Pen a parlé d’un « budget musée des horreurs », fustigeant « une piteuse coalition » entre macronistes, socialistes et Républicains pour sauver le président. Face à elle, Sébastien Lecornu a défendu son gouvernement, estimant que « la représentation nationale choisira entre l’ordre républicain et le désordre ».
Un hémicycle fracturé, une droite divisée
Le vote se joue sur le fil, dans un hémicycle plus morcelé que jamais. Les députés du groupe LIOT ont indiqué qu’une « très large majorité » d’entre eux ne voterait pas la censure, tout en se disant « attentifs » aux engagements du gouvernement. Du côté des Républicains, la fracture est totale : si Éric Ciotti et plusieurs élus de son nouveau mouvement UDR ont annoncé qu’ils censureraient « sans état d’âme ce gouvernement fantoche », la direction du parti, emmenée par Jean-Didier Berger et Laurent Wauquiez, a réaffirmé son refus de « déstabiliser le pays ».
Les socialistes, quant à eux, ont accordé ce qu’ils appellent un « sursis » à Sébastien Lecornu. « Notre non-censure d’aujourd’hui n’est en aucun cas un pacte », a tenu à préciser le député Laurent Baumel, insistant sur le fait que le PS « garde sa liberté de censurer à l’avenir » si le gouvernement ne tient pas parole sur la suspension de la réforme des retraites. Les écologistes, eux, ont annoncé voter la censure, estimant que la suspension des retraites n’était qu’un « retardement cosmétique ».
La droite nationale en embuscade
C’est Éric Ciotti, désormais à la tête de l’Union des droites pour la République (UDR), qui a donné le ton le plus tranchant : « Je censurerai avec détermination votre gouvernement socialiste. Je le ferai sans hésitation, sans état d’âme, sans ambiguïtés. » L’ancien président des Républicains a dénoncé « des bancs LR quasiment vides » et appelé ses anciens collègues à « écouter les Français, pas les menaces ». Sur X, il a publié une photo des travées désertées du groupe LR, y voyant « le courage aux abonnés absents ».
La tension politique est à son comble. Pour Marine Le Pen, cette journée est celle de « la vérité » : « Vous n’échapperez pas au vote des Français. Vous avez tout fait pour éviter les urnes, mais vous y retournerez, la tête basse. » Les députés nationalistes espèrent rallier une partie de la droite, tandis que le gouvernement compte sur l’abstention massive des macronistes, des socialistes modérés et de LR pour survivre.
Un vote à haut risque pour Lecornu
À 11h précises, la présidente de l’Assemblée a déclaré le scrutin ouvert. Les députés disposent de trente minutes pour se prononcer. Le sort du gouvernement Lecornu II dépend désormais d’une poignée de voix, dans un contexte où les frondeurs socialistes, quelques centristes indépendants et les Républicains hésitants pourraient faire basculer le résultat. Si la motion LFI était adoptée, Emmanuel Macron conserverait son poste, mais serait contraint de nommer un nouveau Premier ministre.
Les résultats seront connus dans les prochaines heures. D’ici là, le Palais Bourbon retient son souffle : jamais, depuis le début du second quinquennat Macron, une motion de censure n’a semblé aussi proche d’aboutir.