Les Guinéens se sont rendus aux urnes dimanche pour un référendum constitutionnel décisif qui pourrait permettre au chef de la junte, Mamady Doumbouya, d’être candidat à la présidence, malgré sa promesse initiale de ne pas briguer ce poste après avoir pris le pouvoir par un coup d’État en 2021.
Le scrutin survient alors que le gouvernement militaire a déjà manqué l’échéance du 31 décembre 2024, date qu’il s’était fixée pour un retour à un régime civil. L’élection présidentielle est désormais prévue pour décembre 2025, mais l’opposition craint que ce référendum ne soit une manœuvre destinée à légitimer la prolongation du pouvoir militaire, dans un contexte régional marqué par une vague de coups d’État entre 2020 et 2023.
La nouvelle Constitution proposée allongerait le mandat présidentiel de cinq à sept ans, renouvelable une fois, et instaurerait un Sénat dont un tiers des membres seraient nommés directement par le président. Pour les opposants, il s’agit d’un projet taillé sur mesure pour Doumbouya, qui n’a toutefois pas confirmé s’il comptait se présenter. Une charte de transition adoptée après le putsch interdit pourtant aux membres de la junte de briguer la présidence.
Les deux principaux leaders de l’opposition, Cellou Dalein Diallo et l’ancien président déchu Alpha Condé, ont appelé au boycott du vote. Leurs partis sont actuellement suspendus, tandis que des organisations de défense des droits humains, dont Human Rights Watch, accusent les autorités de disparitions forcées d’opposants et de suspensions arbitraires de médias. Le gouvernement rejette ces accusations mais a promis d’enquêter.
Les bureaux de vote devaient ouvrir à 7 h et fermer à 18 h, sans qu’il soit précisé quand les résultats seraient annoncés. Dans les jours précédant le scrutin, la capitale Conakry était couverte d’affiches blanches appelant à voter « Oui », avec un symbole de coche verte.
Sur le plan économique, l’agence S&P Global Ratings a attribué jeudi à la Guinée sa première notation souveraine, un B+ avec perspective stable, la classant comme la troisième économie la mieux notée d’Afrique de l’Ouest. Mais l’agence a souligné que les besoins sociaux restaient immenses et que les tensions politiques et médiatiques pesaient toujours lourdement sur la stabilité du pays.