Depuis son arrivée à Matignon, François Bayrou n’a jamais caché son ambition : introduire la proportionnelle aux élections législatives. Dès ce lundi 28 avril, il lance une consultation avec les partis politiques pour tenter de faire passer une réforme électorale longtemps repoussée. Le Premier ministre avance avec un argument choc : face au risque d’une victoire du Rassemblement national en 2027, instaurer une proportionnelle serait un moyen d’éviter une bascule brutale du pouvoir et d’obliger les partis modérés à s’entendre.
Une proportionnelle à la « Bayrou » sous haute tension
François Bayrou privilégie une proportionnelle par listes départementales, plus simple à mettre en œuvre que le système mixte envisagé autrefois par Édouard Philippe. Le MoDem, Renaissance et Horizons pourraient se ranger derrière ce projet, à condition que le cumul des mandats soit réintroduit. Cependant, le consensus reste fragile : Marine Le Pen, favorable à une proportionnelle, réclame un modèle différent, avec une prime majoritaire pour le premier parti, ce que Bayrou refuse.
À droite, la résistance s’organise. Laurent Wauquiez, candidat à la présidence des Républicains et chef des députés LR, a sommé Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur et concurrent interne, de s’opposer fermement au projet. Selon Wauquiez, la proportionnelle conduirait à l’instabilité politique permanente et favoriserait des « petits accords d’arrière-boutique » éloignés de la volonté des électeurs. Pour lui, il s’agit aussi de dénoncer un manque d’indépendance supposé de Retailleau vis-à-vis du gouvernement.
La mise en place de la proportionnelle divise également les partis qui y sont pourtant favorables. Si une partie de la gauche et du RN y voient un moyen d’améliorer la représentativité, les désaccords sont profonds sur la méthode : proportionnelle intégrale ou partielle, seuil d’éligibilité, taille des circonscriptions… Le chantier s’annonce titanesque, et les intérêts politiques divergent fortement.
François Bayrou sait qu’il devra franchir un véritable « Everest politique ». Il doit convaincre une Assemblée déjà fragmentée, alors même que certains estiment que la diversité actuelle des groupes parlementaires rend la réforme moins urgente. Une équation à haut risque à moins de deux ans de la présidentielle, dans un climat politique plus incertain que jamais.