Élections générales en Australie : inflation, logement et divisions politiques au cœur du scrutin
Élections générales en Australie : inflation, logement et divisions politiques au cœur du scrutin

Les Australiens se sont rendus aux urnes ce samedi pour des élections générales marquées par une crise du coût de la vie, des tensions politiques croissantes, et une incertitude sur l’issue du vote. Le Premier ministre sortant Anthony Albanese (Parti travailliste) et son principal rival, Peter Dutton (Parti libéral), ont clos leur campagne électorale sur la côte est avant de voter dans leurs villes respectives, Sydney pour Albanese et Brisbane pour Dutton.

Le scrutin se déroule dans un contexte économique tendu : flambée des prix, pénurie de logements abordables, et inquiétudes persistantes liées à l’inflation. Les deux principaux partis s’accordent à reconnaître que les ménages australiens sont en grande difficulté. Selon l’organisation Foodbank Australia, 3,4 millions de foyers ont souffert d’insécurité alimentaire en 2024.

Une campagne marquée par les clivages idéologiques

Peter Dutton, chef de l’opposition conservatrice, a promis de réduire massivement les dépenses publiques en supprimant un poste sur cinq dans la fonction publique. Il défend également le développement de l’énergie nucléaire comme alternative aux énergies renouvelables, promettant une baisse des factures d’électricité. Mais le camp travailliste a accusé les libéraux de vouloir importer le style politique de Donald Trump, surnommant leur chef « DOGE-y Dutton » — en référence ironique au Department of Government Efficiency instauré par Trump aux États-Unis.

« Ce que nous voyons, c’est une tentative de diviser le pays, ce n’est pas la manière australienne de faire de la politique », a déclaré Albanese, qui met en avant son bilan diplomatique, notamment l’apaisement des relations commerciales avec la Chine.

Dutton, lui, espère réaliser un exploit politique inédit depuis 1931 : faire chuter un gouvernement au pouvoir dès son premier mandat. « Je suis convaincu que les Australiens ne veulent pas trois années de plus comme celles qu’ils viennent de vivre », a-t-il affirmé à la presse après avoir voté.

Un électorat en mutation et une majorité fragile

Les deux camps ont ciblé les jeunes électeurs, désormais plus nombreux que les baby-boomers, une première dans l’histoire électorale australienne. Tous deux ont promis des mesures pour aider les primo-accédants à entrer sur un marché immobilier devenu inaccessible pour beaucoup.

Le Parti travailliste détenait avant le scrutin une courte majorité avec 78 sièges sur 151. La chambre basse comptera 150 sièges dans la prochaine législature, en raison d’un redécoupage électoral. La coalition conservatrice en détenait 53, tandis que 19 parlementaires siégeaient en tant qu’indépendants ou membres de petits partis.

Selon Zareh Ghazarian, politologue à l’université Monash, le recul progressif des grands partis au profit des indépendants et des partis minoritaires pourrait conduire à un parlement sans majorité claire. « Ce scrutin nous dira si la tendance amorcée en 2022 est durable ou si elle n’était qu’un accident de parcours », estime-t-il.

Un gouvernement minoritaire reste une possibilité, comme ce fut le cas durant la Seconde Guerre mondiale et entre 2010 et 2013. En cas de résultat indécis, il faudra peut-être attendre plusieurs jours, voire semaines, avant de savoir qui formera le prochain gouvernement.

Le dénouement, attendu dans la soirée ou les jours suivants, pourrait redessiner durablement le paysage politique australien.

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