Élections de mi-mandat aux Philippines : la Chine s’invite au cœur de la campagne
Élections de mi-mandat aux Philippines : la Chine s’invite au cœur de la campagne

MANILLE — À l’approche des élections de mi-mandat de lundi, la politique étrangère s’est imposée comme un enjeu central aux Philippines, dominée par un thème jusque-là peu présent dans les scrutins nationaux : la Chine. Devenus un véritable champ de bataille politique, les différends maritimes avec Pékin sont instrumentalisés dans la lutte acharnée entre le président Ferdinand Marcos Jr. et le clan Duterte.

Ces élections, qui visent à renouveler la moitié du Sénat et des milliers de mandats locaux, se déroulent dans un contexte de tensions accrues en mer de Chine méridionale. Alors que les garde-côtes philippins continuent d’affronter des navires chinois dans des zones disputées, Marcos a choisi d’ériger la défense de la souveraineté nationale en pilier de sa campagne, taclant vertement l’attitude jugée conciliante de son prédécesseur Rodrigo Duterte et de sa fille, la vice-présidente Sara Duterte.

Lors d’un rassemblement en février, Marcos a fustigé les candidats associés à l’ancienne administration : « Aucun d’entre eux n’applaudissait la Chine lorsque nos pêcheurs étaient bloqués, que leurs prises étaient volées ou que nos îles étaient saisies. » Le président mise sur une ligne dure à l’égard de Pékin pour rallier une population sensible aux questions de sécurité et de fierté nationale. Un sondage réalisé en avril révèle d’ailleurs que la majorité des électeurs favorisent des candidats affirmant la souveraineté philippine dans les eaux disputées.

La tension est également alimentée par la procédure de destitution visant Sara Duterte, accusée notamment d’avoir proféré des menaces contre le président. Le Sénat, composé de 24 membres, joue un rôle crucial dans ce type de procès, rendant ces élections d’autant plus déterminantes pour l’avenir politique du pays. Marcos, empêché par la Constitution de briguer un second mandat, pourrait désigner son successeur d’ici 2028, tandis que Sara Duterte, si elle échappe à la destitution, reste une candidate potentielle.

Dans ce climat électrique, la campagne est marquée par une forte désinformation. Jusqu’à 45 % des discussions électorales sur les réseaux sociaux proviendraient de comptes inauthentiques, selon un rapport de Reuters. Des responsables philippins soupçonnent même des groupes soutenus par la Chine d’alimenter ces manipulations, une accusation rejetée par Pékin.

Le scrutin de lundi pourrait ainsi redéfinir l’orientation stratégique des Philippines, non seulement dans ses rapports avec la Chine et les États-Unis, mais aussi dans la bataille pour la direction du pays à l’horizon 2028.

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