« Auto-déportés » au Mexique, ils abandonnent leur rêve américain et tout ce qu’ils avaient construit
« Auto-déportés » au Mexique, ils abandonnent leur rêve américain et tout ce qu’ils avaient construit

Lorsqu’en novembre dernier, les chaînes de télévision ont annoncé la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine, Sonia Coria a regardé son mari, Carlos Leon, et lui a demandé s’ils devaient rentrer au Mexique. Ce simple échange a marqué le début d’un retour douloureux à une vie qu’ils avaient fui. Originaires d’Uruapan, dans l’État mexicain du Michoacán, tous deux âgés de 25 ans, Sonia et Carlos avaient quitté leur pays pour échapper à la violence des cartels. Ils avaient trouvé refuge à Glendale, en Arizona, où ils tentaient de se reconstruire.

Durant sept mois, ils ont vécu dans un modeste appartement de deux chambres qu’ils partageaient avec la tante de Sonia. Malgré les difficultés, une routine s’était installée. Sonia faisait des ménages et Carlos travaillait comme jardinier. Leur fille Naomi, huit ans, fréquentait une école à charte où elle apprenait l’anglais, se faisait des amis, et avait appris à nager dans la petite piscine de leur immeuble. Le petit Carlos, cinq ans, commençait à maîtriser le vélo. La famille se sentait en sécurité, intégrée dans une communauté mexicaine nombreuse, avec des commerces comme la carnicería Uruapan, juste en face de leur logement, rappelant leur ville natale.

Même s’ils vivaient modestement — parfois contraints de se nourrir dans des soupes populaires ou de récupérer les jouets et électroménagers jetés par les voisins — ils avaient réussi un premier pas vers la stabilité. Ils avaient même acheté leur première voiture, un pick-up Ford F-150 beige de 2008, pour 4 000 dollars à crédit. Cette existence, modeste mais paisible, leur était inespérée au Mexique.

Mais avec l’élection de Donald Trump et le durcissement attendu de la politique migratoire, la peur s’est insinuée. Le programme mis en place sous son administration proposait aux migrants sans papiers une aide de 1 000 dollars et un billet de retour s’ils acceptaient de partir « volontairement ». Ce dispositif, destiné à encourager l’« auto-déportation », s’inscrivait dans une stratégie plus large visant à réduire le nombre de migrants par des mesures de dissuasion indirecte. L’administration américaine s’appuyait sur une longue tradition de pressions exercées sur les personnes en situation irrégulière pour qu’elles quittent le pays d’elles-mêmes.

Face à l’incertitude, Sonia et Carlos ont choisi de rentrer à Uruapan. Ce retour s’est révélé être une descente aux enfers. Ils ont tout perdu : leur relative sécurité, les perspectives d’avenir de leurs enfants, leur fragile autonomie. Ils vivent désormais à nouveau sous la menace de la violence qui les avait forcés à fuir, dans un pays où ils n’ont plus rien, sinon des regrets.

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