Anthony Albanese a remporté samedi une nette victoire électorale, devenant le premier Premier ministre australien en plus de deux décennies à obtenir un second mandat consécutif de trois ans. Son parti travailliste de centre-gauche semble même en voie de renforcer sa majorité à la Chambre des représentants, une performance rare pour un gouvernement sortant en Australie.
« Les Australiens ont choisi d’affronter les défis mondiaux à la manière australienne, en prenant soin les uns des autres tout en construisant l’avenir », a déclaré Albanese à ses partisans réunis à Sydney. Dans un discours aux accents nationalistes, il a souligné que son gouvernement n’avait pas cherché à imiter les politiques étrangères, notamment celles de l’ancien président américain Donald Trump : « Nous n’avons pas besoin d’emprunter ou de copier. Notre inspiration vient d’ici, de nos valeurs et de notre peuple. »
Face à lui, Peter Dutton, chef du Parti libéral conservateur, a reconnu sa défaite et même la perte de son propre siège parlementaire qu’il détenait depuis 24 ans. Sa campagne, marquée par des propositions de rigueur budgétaire et une défense du nucléaire civil, a échoué à convaincre, malgré un contexte économique tendu. Le Parti travailliste l’avait surnommé « DOGE-y Dutton », en référence à sa proximité supposée avec les méthodes trumpistes.
La question du coût de la vie a dominé cette campagne électorale. Si les deux camps s’accordent sur l’existence d’une véritable crise, ils divergent sur les solutions. Le Parti libéral accuse le gouvernement d’avoir alimenté l’inflation par des dépenses excessives, et propose de supprimer plus d’un poste de fonctionnaire sur cinq pour réduire les dépenses publiques. Il soutient également que la relance du nucléaire permettrait de faire baisser les prix de l’électricité.
Le Parti travailliste, lui, défend une transition énergétique axée sur les renouvelables et dénonce les risques budgétaires liés au projet de Dutton de construire sept centrales nucléaires financées par l’État, alors que l’Australie ne possède actuellement aucune infrastructure de ce type.
Cette élection intervient dans un contexte social difficile : selon Foodbank Australia, 3,4 millions de foyers ont connu l’insécurité alimentaire en 2024. La banque centrale a abaissé son taux directeur à 4,1 % en février, signalant une accalmie sur le plan économique, et une nouvelle baisse est attendue fin mai pour stimuler l’investissement dans un climat mondial marqué par les incertitudes liées aux tarifs douaniers imposés par Donald Trump.
C’est aussi un scrutin marquant d’un point de vue démographique : pour la première fois, les électeurs de moins de 60 ans sont plus nombreux que les baby-boomers. Les deux partis ont tenté de séduire ces jeunes générations, notamment avec des mesures en faveur de l’accession à la propriété, devenue hors de portée pour une partie croissante de la population.
Avec ce second mandat, Anthony Albanese consolide son autorité sur un paysage politique australien en pleine mutation, et entend incarner une alternative stable et modérée face aux discours populistes émergents.