Après la mort du pape François, qui pourrait lui succéder ? Analyse des sept favoris pour le trône de Saint-Pierre
Après la mort du pape François, qui pourrait lui succéder ? Analyse des sept favoris pour le trône de Saint-Pierre

Avec la mort du pape François, survenue ce lundi 21 avril à l’âge de 88 ans, l’Église catholique entre dans une période de vacance du pouvoir. Alors que les obsèques se préparent et que le conclave devrait s’ouvrir entre le 6 et le 11 mai, les regards se tournent déjà vers les « papabili », ces cardinaux que les observateurs considèrent comme favoris pour devenir le prochain souverain pontife. S’ils sont nombreux à susciter l’intérêt, six noms se détachent nettement. Portraits et enjeux.

Pietro Parolin, l’homme de l’intérieur

Pietro Parolin, L’homme De L’intérieur

Numéro deux du Vatican depuis plus de dix ans, le cardinal italien Pietro Parolin, 70 ans, est de loin le candidat le plus institutionnel. Diplomate de formation, chevronné et très proche de François, il a joué un rôle déterminant dans les relations internationales du Saint-Siège, notamment dans l’accord de 2018 avec la Chine sur la nomination des évêques. Très respecté au sein de la Curie, il incarne une certaine continuité, bien qu’il soit perçu comme plus réservé sur les réformes sociétales. Il pourrait rassurer les cardinaux désireux de stabiliser l’institution, sans pour autant poursuivre les audaces du pontificat de François.

Matteo Maria Zuppi, le François italien

Matteo Maria Zuppi, Le François Italien

Âgé de 69 ans, l’archevêque de Bologne a multiplié les gestes humanistes dans la lignée du défunt pape. Membre influent de la communauté de Sant’Egidio, il est engagé de longue date dans la médiation de conflits et la diplomatie informelle. Envoyé spécial pour la paix en Ukraine, il a aussi plaidé pour une Église plus accueillante envers les migrants et les personnes homosexuelles. Charismatique et proche des milieux populaires, il bénéficie d’un fort soutien dans son pays. Mais son profil très « francisquien » pourrait braquer les plus conservateurs au sein du collège cardinalice.

Jean-Marc Aveline, un pape français ?

Jean-Marc Aveline, Un Pape Français ?

L’archevêque de Marseille, 66 ans, est l’un des visages les plus visibles de l’Église de France. D’origine algérienne, figure du dialogue interreligieux, promoteur d’une Église ouverte et humaniste, Jean-Marc Aveline a notamment organisé la visite historique de François à Marseille en 2023. Élu récemment président de la Conférence des évêques de France, il incarne un catholicisme méditerranéen, ancré dans les réalités migratoires et culturelles du XXIe siècle. Son élection marquerait un tournant historique : le premier pape français depuis sept siècles. Mais son profil très proche de celui de François pourrait aussi susciter des résistances.

Pierbattista Pizzaballa, le patriarche de Jérusalem

Pierbattista Pizzaballa, Le Patriarche De Jérusalem

Franciscain, théologien et polyglotte, le cardinal Pizzaballa, 60 ans, est une figure incontournable du catholicisme en Terre Sainte. Premier patriarche latin de Jérusalem en exercice à devenir cardinal, il s’est illustré par ses appels répétés à la paix, notamment lors de l’éclatement du conflit entre Israël et le Hamas en 2023. Son ancrage oriental et sa stature internationale séduisent ceux qui souhaitent recentrer l’Église sur sa vocation universelle et apaisante. Mais son expérience de gouvernement reste limitée par rapport à d’autres favoris.

Peter Erdö, le conservateur européen

Peter Erdö, Le Conservateur Européen

À 72 ans, l’archevêque de Budapest est une figure de l’aile conservatrice du collège cardinalice. Intellectuel rigoureux, il cumule expertise théologique et ouverture au dialogue interreligieux, notamment avec les juifs et les orthodoxes. Très discret sur les affaires politiques intérieures de la Hongrie, il est cependant critiqué pour son absence de distance vis-à-vis du pouvoir autoritaire de Viktor Orbán. Il incarne une ligne doctrinale stricte, notamment sur la morale sexuelle, et pourrait fédérer les opposants aux réformes sociales de François. Il serait un pape du retour à l’ordre.

Luis Antonio Tagle, le « François asiatique »

Luis Antonio Tagle, Le "François Asiatique"

Ancien archevêque de Manille et préfet du dicastère pour l’Évangélisation, ce cardinal philippin de 67 ans jouit d’une grande popularité dans l’hémisphère sud. Charismatique, modéré et très engagé dans la lutte contre la pauvreté et les abus dans l’Église, il est souvent perçu comme le prolongement naturel de François. Son élection symboliserait l’ouverture définitive de l’Église vers l’Asie et le monde en développement. Mais ses chances pourraient être affaiblies par les tensions internes au Vatican et la méfiance de certains cardinaux à l’égard de son profil trop proche de celui du pape défunt.

Robert Sarah, la voix de la tradition

Robert Sarah, La Voix De La Tradition

Cardinal guinéen de 79 ans, ancien préfet de la Congrégation pour le culte divin, Robert Sarah reste une figure centrale du courant conservateur. Très critique à l’égard de la décentralisation de l’Église et des ouvertures progressistes du pape François, il incarne une ligne claire, structurée par la fidélité à la tradition liturgique et doctrinale. Son profil séduit une partie du Sacré Collège en quête de recentrage spirituel et moral. Si son âge pourrait constituer un handicap, il n’est pas exclu que son autorité morale et son rayonnement international pèsent lourd dans les votes, à l’heure d’un retour possible aux fondamentaux.

Une Église à la croisée des chemins

Au-delà des personnalités, c’est la direction de l’Église catholique qui est en jeu. Le prochain conclave devra trancher : faut-il poursuivre l’élan de réformes impulsé par François – ouverture aux périphéries, inclusion, décentralisation – ou revenir à une Église plus doctrinale et hiérarchisée ? L’enjeu est d’autant plus crucial que les questions de la morale sexuelle, du rôle des femmes, de la place du sacré et de l’héritage du Concile Vatican II divisent profondément les cardinaux.

Alors que les funérailles de François se profilent, les tractations ont déjà commencé à Rome. Et si les pronostics sont hasardeux, une certitude demeure : l’élection du prochain pape sera une épreuve de vérité pour l’avenir du catholicisme mondial.

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