Alors que la ville de Rome est en effervescence sous les effluves de jasmin et le flot de touristes, un tout autre ballet se joue loin des regards : celui des rencontres informelles entre cardinaux venus du monde entier pour élire le successeur du pape François. Dîners privés, discussions autour d’un café, promenades discrètes… C’est dans cette atmosphère feutrée que se dessinent les premiers contours du futur pontificat.
Avant même l’ouverture officielle du conclave le 7 mai, ces échanges, connus sous le nom de “pré-conclave”, permettent aux électeurs de sonder les personnalités et les convictions de leurs confrères. C’est dans ce même cadre, en mars 2013, qu’un groupe de cardinaux réformateurs mené par le Britannique Cormac Murphy-O’Connor avait discrètement fait campagne autour de la candidature du cardinal argentin Jorge Mario Bergoglio — devenu quelques jours plus tard le pape François.
Son successeur à l’archevêché de Westminster, le cardinal Vincent Nichols, âgé de 79 ans, observe aujourd’hui ces mêmes dynamiques avec plus de réserve. Installé dans le séminaire anglais du centre de Rome, où il étudiait dans les années 1960, il confie suivre attentivement les discussions sans chercher à jouer les entremetteurs. « Mon rôle, pour l’instant, c’est d’écouter », déclare-t-il, estimant que les idées sur le prochain pape peuvent évoluer rapidement au fil des échanges.
Nichols, nommé cardinal par François en 2014, estime qu’un consensus semble émerger autour de la continuité plutôt que de la rupture. Malgré les divergences naturelles au sein du collège cardinalice, une large part des électeurs reconnaît la nécessité de consolider les réformes entamées par François, notamment sur l’attention portée aux pauvres, à l’environnement et à la diversité culturelle de l’Église. « Il faut que ses initiatives prennent racine et s’inscrivent dans la durée », affirme Nichols.
Les déjeuners stratégiques et les conversations en marge des rassemblements matinaux au Vatican jouent ici un rôle crucial. Si certaines figures se détachent dans les esprits, les positions sont encore mouvantes. L’influence de groupes réformateurs, comme le « Team Bergoglio » en 2013, rappelle que ce sont parfois dans les coulisses des conclaves que se forgent les équilibres décisifs.
Mais Nichols insiste : il ne soutient aucun candidat et se refuse à voir le conclave comme une élection politique. « J’y entre avec mes propres idées, bien sûr, mais je suis prêt à les remettre en question, à écouter, et peut-être à convaincre d’autres de faire de même », dit-il avec sérénité.
Derrière la solennité du processus électoral qui s’apprête à s’ouvrir dans la chapelle Sixtine, c’est une dynamique humaine, faite de prudence, d’intuition et de dialogue, qui façonne en silence le choix du futur chef de l’Église catholique.