La Cour des comptes a publié un rapport sur la trésorerie des universités et des établissements publics de recherche, mettant en lumière une situation financière paradoxale : des réserves en forte progression, mais de moins en moins mobilisables. Cette analyse s’inscrit dans un contexte budgétaire tendu pour l’enseignement supérieur et la recherche.
Entre 2020 et 2025, la trésorerie de ces établissements a augmenté de 2,5 milliards d’euros, soit une hausse de 58 %. Cette progression importante ne s’explique pas par une augmentation des subventions publiques, mais principalement par la multiplication des avances et acomptes reçus dans le cadre d’appels à projets, européens comme nationaux.
Ces financements, en forte croissance (+3,6 milliards d’euros, soit +100 %), ont contribué à gonfler les réserves des établissements. Toutefois, cette trésorerie est en grande partie « fléchée », c’est-à-dire déjà affectée à des projets précis et donc difficilement utilisable librement.
Une illusion de richesse financière
La Cour souligne ainsi un paradoxe : malgré des montants de trésorerie élevés, les universités disposent en réalité de moins en moins de marges de manœuvre. La part de trésorerie réellement disponible pour financer des besoins courants diminue, ce qui fragilise leur capacité d’adaptation.
Cette situation est liée à l’accumulation de projets financés sur plusieurs années, qui génèrent des avances importantes mais dont les fonds ne deviennent définitivement acquis qu’à l’achèvement des programmes.
Un pilotage encore insuffisant
Le rapport pointe également des lacunes dans le pilotage financier de ces établissements. Les outils de gestion et les systèmes d’information sont jugés insuffisamment adaptés, rendant difficile une vision claire et consolidée de la trésorerie.
La Cour insiste sur la nécessité d’améliorer la fiabilité des données et de renforcer le suivi pluriannuel, afin de mieux distinguer les fonds réellement disponibles de ceux déjà engagés.
Un enjeu stratégique pour l’État
Dans un contexte de pression budgétaire croissante, la gestion de cette trésorerie constitue un enjeu majeur, tant pour les établissements que pour leurs autorités de tutelle. La Cour des comptes, dont la mission est de contrôler l’utilisation des fonds publics et d’évaluer les politiques publiques, appelle à un pilotage plus fin et plus transparent.
Au-delà des chiffres, le rapport met en lumière les limites d’un modèle de financement de la recherche de plus en plus fondé sur les appels à projets, qui complexifie la gestion financière des universités et réduit leur autonomie budgétaire à court terme.
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