Le projet de réintégrer dans les universités françaises les étudiants en médecine partis se former à l’étranger fait grincer des dents. Portée par le ministre délégué à la Santé, Yannick Neuder, la mesure, récemment adoptée par le Parlement, est fermement contestée par les doyens des facultés de médecine, l’Ordre des médecins et l’association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf). Tous dénoncent une décision « injuste et inéquitable », qui bouleverserait l’équilibre déjà fragile du système de formation médicale. Chaque année, des milliers de jeunes Français quittent le pays pour poursuivre des études de médecine hors de l’Hexagone, souvent en Espagne, en Roumanie ou en Belgique. La raison : des capacités d’accueil trop limitées et des échecs précoces dans le parcours sélectif français. Le ministre entend désormais permettre leur retour anticipé dans les facultés françaises, sans attendre le concours de l’internat en sixième année, avec un objectif : renforcer les effectifs médicaux dans les zones en tension.
Un passe-droit pour les plus aisés ?
Pour les opposants, le retour en cours de cursus revient à légitimer un contournement du système français, accessible uniquement aux familles les plus fortunées. Partir à l’étranger exige des moyens financiers conséquents, ce qui crée un déséquilibre majeur au détriment des étudiants restés dans les clous d’un parcours rigide, exigeant et hyperconcurrentiel. « Chaque place offerte à un étudiant de retour se fera aux dépens de ceux qui ont suivi le cursus normal », dénoncent les trois organisations dans un communiqué commun. Les doyens rappellent que les étudiants formés à l’étranger ont déjà la possibilité d’intégrer le système français au niveau de l’internat. Mais les chiffres parlent d’eux-mêmes : seuls 3 % d’entre eux réussissent à décrocher une place. Une donnée qui, selon les détracteurs du projet, illustre des niveaux de formation hétérogènes, parfois insuffisants.
Pour certains, ce projet n’a pas de sens
Dans un contexte où les universités peinent déjà à absorber le flux croissant d’étudiants, avec près de 12 000 candidats attendus à l’internat, l’idée d’ajouter une nouvelle voie d’entrée suscite l’incompréhension. Alors que le gouvernement vise 16 000 étudiants en médecine d’ici 2027, les doyens jugent cet objectif irréaliste tant que les infrastructures, les moyens et l’encadrement ne suivent pas. Pour les partisans du projet, il s’agit avant tout de pragmatisme face à l’urgence sanitaire des déserts médicaux. Mais pour le monde médical, il ne peut y avoir de solution durable qui repose sur une dérogation au principe d’égalité d’accès aux études. Une bataille qui ne fait que commencer.