Dans l’est de la République démocratique du Congo, en proie à l’insécurité et sous le contrôle partiel du groupe rebelle M23, des dizaines de milliers d’élèves ont entamé cette semaine les épreuves de l’examen d’État, condition indispensable pour accéder à l’université. Un effort logistique hors norme qui a nécessité une coordination inédite entre les autorités nationales et les insurgés.
L’examen d’État, organisé à l’échelle nationale, se déroule cette année dans un contexte particulièrement tendu. Le M23, un mouvement rebelle soutenu par le Rwanda, a conquis plusieurs grandes villes de l’est du pays au cours d’une offensive lancée plus tôt cette année. Tout en poursuivant ses activités militaires, le groupe cherche désormais à démontrer sa capacité à administrer les territoires qu’il contrôle. Dans ce cadre, il a coopéré avec le gouvernement congolais pour permettre le déroulement des épreuves scolaires.
« Grâce aux efforts combinés de nos équipes et de nos partenaires, les 111 centres que nous couvrons ont été desservis », a déclaré Jean-Marie Mwayesi, responsable de l’éducation dans le Sud-Kivu. Pour garantir la sécurité et la bonne tenue des examens, les documents et fournitures ont été convoyés depuis la capitale Kinshasa, dans une opération à haut risque.
Le président Félix Tshisekedi a annoncé en mai la suppression des frais d’inscription à l’examen pour les provinces du Nord et du Sud-Kivu, estimant que la situation sécuritaire exceptionnelle imposait un tel geste. Ce coût, qui peut dépasser 40 dollars, constitue un fardeau important dans une région ravagée par les conflits et les déplacements de populations.
Malgré les tensions persistantes, le M23 affirme reconnaître l’autorité de Kinshasa sur l’organisation des examens. « L’éducation de nos enfants est apolitique. Elle doit être protégée de toute divergence politique », a insisté le chef du groupe rebelle, Bertrand Bisimwa, interrogé par Reuters. Il a ajouté que la présence du M23 dans la région ne remettait pas en cause l’unité du pays.
Des groupes de défense des droits humains ont régulièrement accusé le M23 de graves exactions contre les civils, y compris des enfants, ce que le groupe nie. Sur le terrain, les élèves affrontent un climat d’insécurité persistant. À Bukavu, capitale provinciale tombée aux mains du M23 en février, Exauce Katete, lycéen, témoignait d’un calme relatif : « Il n’y a pas de perturbations, pas de bruit, tout va bien. »
Sur les 44 000 élèves initialement inscrits dans la zone de Mwayesi, 42 000 se sont présentés aux examens. Le reste aurait été déplacé par les combats. Dans un pays où l’accès à l’éducation reste un enjeu majeur, la tenue de ces examens dans une zone en guerre constitue un symbole fort de résilience, mais aussi un rappel poignant de la fragilité du système éducatif congolais face aux conflits armés.