Le premier syndicat d’enseignants souhaite des états généraux de l’inclusion
Le premier syndicat d’enseignants souhaite des états généraux de l’inclusion

Vingt ans après la promulgation de la « loi handicap » de 2005, qui posait les fondements de l’école inclusive en France, le principal syndicat des enseignants du premier degré, le SNUipp-FSU, lance un cri d’alarme. À travers une enquête menée auprès de plus de 67 000 enseignants et AESH (accompagnants d’élèves en situation de handicap), il dresse un constat sévère : l’inclusion scolaire, malgré ses ambitions, est aujourd’hui en crise.

Une réussite quantitative mais un échec humain

Avec plus de 520 000 élèves en situation de handicap scolarisés en milieu ordinaire, le syndicat reconnaît une progression « quantitative ». Mais, pour Guislaine David, porte-parole du SnuiPP, cela ne suffit plus : « De très nombreux enseignants parlent de maltraitance institutionnelle. Il existe un mal-être et une souffrance qui touchent aussi bien les élèves que les professeurs. » Selon l’enquête, plus de 60 % des répondants jugent que leurs conditions de travail se sont dégradées à cause d’une inclusion sans moyens suffisants. Résultat : des élèves parfois livrés à eux-mêmes, des enseignants en détresse, et un système qui peine à tenir ses promesses.

Près de 70 % des sondés estiment qu’il faut ouvrir davantage de places en établissements spécialisés ou en classes adaptées (Ulis). Le SnuiPP rappelle qu’à la dernière rentrée, 24 000 enfants n’ont pas trouvé de place dans ces structures et ont été orientés en classe ordinaire, souvent sans accompagnement adapté. Le déficit de personnel est aussi au cœur des préoccupations. Si 132 000 AESH sont actuellement en poste, les besoins restent très largement insatisfaits. Le gouvernement a annoncé la création de 2000 postes supplémentaires, une annonce jugée très insuffisante au regard de la réalité du terrain.

Des pôles d’appui encore balbutiants

Le syndicat pointe également les limites du nouveau dispositif de Pôle d’appui à la scolarité (PAS), actuellement testé dans quatre départements. Ces pôles sont censés mobiliser rapidement les professionnels nécessaires à la prise en charge des élèves en difficulté, mais les débuts sont jugés chaotiques. « Par exemple, dans l’Aisne, les difficultés de mise en œuvre sont manifestes, notamment par manque de personnel », alerte le SnuiPP. Face à ce constat, le syndicat réclame la tenue d’états généraux de l’inclusion afin de repenser en profondeur le modèle actuel et d’en assurer la viabilité à long terme. « Il faut un changement de cap, et l’État doit prendre ses responsabilités », conclut Guislaine David.

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