Les chiffres publiés ce jeudi 30 octobre révèlent une réalité inquiétante : le harcèlement n’attend plus le collège pour frapper. Selon une étude menée par l’association e-Enfance et la Caisse d’Épargne, 35 % des enfants victimes de harcèlement le sont désormais dès l’école primaire. Un constat alarmant, confirmé par la montée continue du phénomène chez les 6-18 ans. Réalisée au printemps 2025 auprès de plus de 1 600 binômes parents-enfants, l’enquête montre que 37 % des jeunes interrogés déclarent avoir subi du harcèlement ou du cyberharcèlement. Dans 7 cas sur 10, les faits se produisent au sein même de l’établissement scolaire, lieu de socialisation par excellence. Ce chiffre, en hausse de 11 points en un an, témoigne d’une précocité et d’une intensité accrues de la violence entre élèves.
Des comportements violents amplifiés par le numérique
L’étude met également en lumière l’impact massif des réseaux sociaux. Bien que l’inscription y soit interdite avant 13 ans, 65 % des enfants en primaire y possèdent déjà un compte. WhatsApp serait le principal vecteur du cyberharcèlement, concentrant à lui seul 41 % des cas recensés. Les groupes de classe, souvent créés pour échanger entre camarades, deviennent ainsi un terrain propice aux humiliations et à la diffusion de moqueries, prolongeant les tensions de la cour d’école jusque dans la sphère privée. Les spécialistes rappellent que les plus jeunes n’ont pas la maturité nécessaire pour se protéger face à cette exposition numérique précoce. Derrière les écrans, les insultes, les exclusions et les messages répétés provoquent une souffrance réelle. Le harcèlement, rappelle l’étude, n’a rien d’une simple querelle enfantine : il détruit la confiance et peut conduire, très tôt, à des pensées suicidaires.
Un fléau méconnu et des aides encore sous-utilisées
Les conséquences psychologiques sont lourdes. La moitié des jeunes victimes évoquent une perte totale de confiance en eux, 42 % des troubles du sommeil ou de fortes angoisses, et près d’un quart des idées suicidaires. Les filles sont particulièrement exposées : 39 % d’entre elles déclarent avoir déjà envisagé de se faire du mal ou de mettre fin à leurs jours. Autre constat préoccupant : la méconnaissance des dispositifs d’aide. Sept enfants sur dix et six parents sur dix ignorent encore l’existence du 3018, le numéro national d’écoute et de soutien aux victimes de harcèlement. Pour les associations, ces chiffres soulignent l’urgence d’un travail d’information à grande échelle et la nécessité de renforcer la prévention dès le plus jeune âge. À l’heure où les chiffres explosent, le harcèlement n’est plus un phénomène d’adolescence. Il s’installe désormais au cœur de l’enfance, bien avant que les victimes n’aient les outils pour s’en défendre.