Groupes de besoin au collège : le ministère recule sans le dire
Groupes de besoin au collège : le ministère recule sans le dire

Le dispositif devait répondre à l’urgence scolaire, il s’enlise dans les critiques. Les « groupes de besoin », instaurés pour renforcer l’apprentissage du français et des mathématiques en 6e et 5e, peinent à convaincre. Un rapport accablant de l’Inspection générale de l’éducation, rendu public mardi 17 juin, en dresse un constat sévère : les élèves les plus fragiles, censés être les premiers bénéficiaires, n’en ont tiré que peu d’avantages. Face à cette réalité, le ministère de l’Éducation nationale tente d’ajuster sans abandonner. Ces groupes seront maintenus à la rentrée prochaine, mais sous conditions. 

Un dispositif brouillon, mal préparé et inégalement appliqué

Les recteurs ont déjà reçu les nouvelles instructions : recentrage sur des compétences précises, évitement des regroupements hétérogènes (entre élèves allophones, perturbateurs ou en grande difficulté) et retour progressif en classe de référence lorsque les acquis sont consolidés. Derrière ces « ajustements », se cache une tentative de désamorçage sans désaveu politique. Ce que révèle surtout le rapport, c’est la fragilité de la mise en œuvre. Née dans un climat de tension syndicale, la mesure a été imposée sans clarté sémantique (entre groupes de niveaux, de besoins, ou simplement « groupes ») et avec un calendrier serré. Résultat : une application disparate selon les collèges, souvent freinée par le manque de locaux, d’enseignants ou de temps pour organiser les emplois du temps. Les promesses de flexibilité ont également fait long feu : les élèves sont très rarement passés d’un groupe à un autre, malgré les engagements initiaux.

Plus inquiétant encore 

Le rapport pointe un effet paradoxal : si la mesure a mis en lumière les difficultés scolaires, elle n’a pas réussi à les atténuer. Les écarts de compétences risquent même de s’aggraver, compliquant le retour en classe entière en 4e. L’inspection recommande donc de renoncer au caractère systématique de ces groupes, au profit d’une gestion plus autonome et locale par les établissements. En attendant un bilan plus large prévu pour l’automne, sur la base des retours de 1 500 collèges, le ministère temporise. Mais la perspective d’un abandon du dispositif, pourtant initié par Gabriel Attal, n’est plus à écarter.

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