La situation des étudiants en kinésithérapie en France révèle de profondes fractures. Une étude rendue publique ce mardi 24 juin par la Fédération nationale des étudiants en kinésithérapie (FNEK) pointe une précarité grandissante au sein de cette filière. En cause, un système de formation fragmenté entre établissements publics et privés, avec des frais de scolarité pouvant aller de 170 à plus de 10 500 euros par an, pour un même diplôme. Ce déséquilibre, souligne la fédération, mine les conditions de vie, affecte la santé mentale et remet en question l’attractivité même de la profession. Le cursus impose cinq années d’études, dont quatre dans l’un des 54 Instituts de formation en masso-kinésithérapie (IFMK). Les étudiants n’ont que rarement le choix de leur établissement. Selon la FNEK, la répartition aléatoire entre écoles publiques et privées crée des inégalités majeures. Près de 40 % des élèves inscrits dans le privé doivent contracter un prêt pour faire face aux frais, contre 11 % dans le public. La majorité d’entre eux travaillent à côté de leurs études, une contrainte qui pèse sur leur santé : près de quatre sur dix déclarent que cet emploi annexe nuit à leur bien-être.
Une filière au bord de la rupture
Derrière les chiffres, une réalité sociale inquiétante : 70 % des étudiants interrogés disent avoir connu des difficultés financières répétées dans l’année, et 7 % les subissent chaque semaine. Le renoncement aux soins devient courant : 27 % n’ont pas pu consulter faute d’argent, et près d’un tiers déclarent avoir envisagé d’abandonner leur formation. Un sur trois saute au moins un repas chaque mois pour des raisons économiques. Ces constats nourrissent les revendications de la FNEK, qui appelle à une intégration pleine et entière des IFMK au sein de l’université, avec des frais limités au tarif universitaire. La fédération évoque une « précarité incompatible avec des études particulièrement exigeantes », tant sur le plan physique qu’intellectuel. Elle met également en garde contre les promesses non tenues de l’État. En juillet 2023, un accord prévoyait l’instauration de frais harmonisés dès janvier 2025 et une revalorisation des indemnités de stage. Mais à ce jour, aucune harmonisation n’est actée, et la revalorisation a été suspendue le 20 juin dernier par l’Assurance maladie. La FNEK alerte : sans mesures concrètes et rapides, la formation des kinésithérapeutes risque de s’enliser, au détriment d’un secteur de santé déjà sous pression.