Face à la montée des incivilités et des actes violents en milieu scolaire et dans l’espace public, la ville de Troyes renforce son dispositif de prévention. Son Conseil pour les droits et devoirs des familles (CDDF), en place depuis 2007 et réactivé en 2021, s’est doté d’un nouveau levier : un partenariat direct avec l’Éducation nationale. Objectif assumé par le maire François Baroin : enrayer le glissement vers la délinquance en responsabilisant les parents… sans attendre que la justice s’en mêle. Ce dispositif, aujourd’hui facultatif mais encore rare dans les communes de taille moyenne, a traité depuis sa relance les dossiers de 77 jeunes et 41 familles, pour des faits allant de l’absentéisme scolaire aux dégradations en passant par les insultes ou les incivilités dans les espaces publics.
Un rappel à la loi qui s’accompagne de solutions concrètes
« Le danger, c’est la banalisation », alerte Bruno Baudoux, adjoint à la sécurité, en rappelant que ces petits désordres répétés finissent par fracturer la vie collective. Le principe est simple : une convocation solennelle, en présence du jeune mis en cause, de ses parents, et d’un panel d’acteurs municipaux et éducatifs. Pendant une heure, la cellule familiale est interrogée, écoutée, puis orientée. Le CDDF ne se veut pas un simple tribunal moral. Il propose un accompagnement : médiation sociale, aide à la parentalité, stages d’insertion, activités extrascolaires, orientation professionnelle. Il s’adresse à toutes les classes sociales, sans stigmatiser un quartier ou une origine. L’implication récente de l’Éducation nationale donne une portée nouvelle à cette démarche : désormais, des informations confidentielles sur des élèves signalés pour trouble sont partagées, dans une logique de coordination plutôt que de sanction. Pour Aline Vo Quang, directrice académique de l’Aube, cela permet d’agir de manière ciblée sur les jeunes les plus à risque.
Mais la logique de bienveillance a ses limites
En cas de récidive, le ton change. « Je ne reconvoque pas les familles deux fois. Le dossier part directement au procureur », tranche Bruno Baudoux. Le maire de Troyes, quant à lui, assume aussi une part de répression : huit couteaux ont été saisis dans des cartables depuis le début de l’année, lors de fouilles menées devant les établissements du département. Un signal fort pour rappeler que la prévention ne peut exister sans sanction. À l’heure où plusieurs grandes villes s’intéressent à cette méthode, Troyes joue la carte d’un modèle hybride, mêlant accompagnement social et fermeté institutionnelle. Une manière de rappeler que, pour éviter les drames, tout commence par une prise en main précoce — dans la rue, mais surtout à la maison.