Fraîchement élu pape sous le nom de Leo XIV, l’Américain Robert Prevost hérite d’un défi de taille : assainir les finances chroniquement déficitaires du Saint-Siège. Avec un trou budgétaire structurel annuel estimé entre 50 et 60 millions d’euros, un déficit de 1 milliard d’euros dans le fonds de pension, et une chute continue des dons, le pape mathématicien et ancien évêque au profil pragmatique est attendu au tournant.
Originaire de Chicago, formé aux mathématiques, canoniste et ancien supérieur de l’ordre des Augustins, Leo XIV a la réputation d’un homme de terrain et de gestion. En tant qu’évêque au Pérou, il n’hésitait pas à acheter de vieilles voitures pour les retaper lui-même à l’aide de tutoriels YouTube. Ce sens du système D et une culture américaine de la transparence et de la responsabilité financière pourraient bien lui servir alors que le Vatican peine à rétablir la confiance de ses bienfaiteurs, en particulier américains.
Sous le pontificat de François, des réformes importantes avaient été engagées, notamment avec l’aide du cardinal George Pell. Une structure économique fut créée, les finances soumises à des normes comptables plus strictes, et le rôle de la Secrétairerie d’État dans la gestion des fonds réduit, notamment après le scandale immobilier de Londres. Mais ces efforts se sont partiellement érodés avec le temps. Le déficit s’est creusé, les dons ont baissé, et les mécanismes de contrôle externe restent insuffisants, comme en témoigne la création récente d’une commission de levée de fonds opaque, entièrement italienne et sans expertise financière.
C’est là que l’identité américaine de Leo XIV pourrait redynamiser le lien avec les généreux donateurs des États-Unis, historiquement les plus fidèles soutiens du Vatican. Des personnalités influentes du monde caritatif catholique américain saluent déjà une élection qui pourrait marquer un tournant dans la gestion des finances vaticanes, espérant que les principes de transparence, d’éthique et de gouvernance qui prévalent outre-Atlantique soient enfin appliqués à Rome.
Leo XIV ne débarque pas en terrain inconnu. À Chiclayo, au Pérou, il a su activer des réseaux de solidarité, monter des campagnes pour financer des usines d’oxygène pendant la pandémie, ou encore collecter de l’aide alimentaire après des inondations. Il a aussi supervisé les finances de l’ordre augustinien à Rome, contribuant à l’établissement d’une fondation de soutien aux provinces les plus pauvres. Pour ses collaborateurs, sa maîtrise des chiffres et sa capacité à fédérer des initiatives concrètes sont des atouts précieux pour relever le défi du Vatican.
Mais rien n’est gagné d’avance. Entre les résistances internes, les habitudes enracinées et une méfiance persistante des fidèles, Leo XIV devra convaincre que le Vatican peut être géré selon des standards contemporains, sans renier sa mission spirituelle. S’il réussit, il pourrait bien être le pape qui aura enfin réparé, à l’image de ses vieilles voitures, les rouages d’une machine financière longtemps grippée.