Kering à l’arrêt - l’empire du luxe asphyxié par la chute de Gucci
Kering à l’arrêt - l’empire du luxe asphyxié par la chute de Gucci

Le choc est brutal et difficile à masquer. En 2025, le groupe Kering a vu son bénéfice net s’effondrer de 93,6%, tombant à 72 millions d’euros. Un chiffre presque symbolique pour un géant du luxe qui affichait encore plusieurs milliards de profits il y a trois ans. Le recul est d’autant plus marquant que le chiffre d’affaires recule lui aussi nettement, à 14,67 milliards d’euros, soit une baisse de 13% sur un an. Derrière cette dégringolade, un nom concentre toutes les inquiétudes : Gucci.

Arrivé à la tête du groupe en septembre, Luca de Meo hérite d’une situation profondément dégradée. La contre-performance de 2025 ne refléterait pas, selon lui, le « véritable potentiel » du groupe. Le discours est volontairement rassurant, mais les chiffres rappellent l’ampleur du chantier. En trois ans, Kering est passé d’un bénéfice net de 3,6 milliards d’euros à une rentabilité quasi nulle, tandis que sa marque phare a vu ses ventes presque divisées par deux.

Gucci, talon d’Achille devenu fardeau

En 2025, Gucci a généré 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires, en recul de 22% sur un an. La maison italienne, qui représentait encore récemment plus de 40% des ventes du groupe et plus de 60% de sa rentabilité opérationnelle, ne parvient toujours pas à enrayer sa spirale négative. Certes, la direction met en avant une « amélioration séquentielle » sur les derniers trimestres, portée par de nouvelles collections et une reprise partielle sur les sacs à main. Mais ces signaux restent trop faibles pour inverser la tendance de fond.

La situation est d’autant plus délicate que l’ensemble du groupe reste dépendant de Gucci. Tant que la marque ne se redresse pas durablement, chaque plan stratégique apparaît fragile. Conscient de cette dépendance excessive, Luca de Meo a engagé une série de changements rapides : nomination de Francesca Bellettini à la tête de Gucci, refonte de la direction créative avec l’arrivée de Demna, ex-directeur artistique de Balenciaga, et recentrage annoncé sur l’identité produit. Le problème est désormais moins artistique que structurel : l’image de Gucci s’est érodée plus vite que prévu sur des marchés clés comme la Chine et les États-Unis.

Désendettement, arbitrages et pari sur les autres marques

Pour éviter l’asphyxie financière, Kering a accéléré ses arbitrages. La vente de sa division Beauté à L’Oréal pour environ 4 milliards d’euros, finalisée début 2026, a permis d’alléger une dette qui culminait à 9,5 milliards d’euros à mi-2025. Le groupe a également cédé des actifs immobiliers stratégiques, dont un immeuble emblématique de la Cinquième Avenue à New York, vendu à Ardian pour 766 millions d’euros.

Cette stratégie défensive vise à gagner du temps. Car en parallèle, Kering doit impérativement trouver de nouveaux relais de croissance. Yves Saint Laurent apparaît comme le principal pilier alternatif, tandis que Bottega Veneta fait figure d’exception dans un groupe en difficulté, avec des ventes stables à 1,7 milliard d’euros en 2025. À l’inverse, la maison McQueen traverse une phase critique, avec un examen stratégique en cours et des suppressions de postes envisagées.

Le rendez-vous décisif est désormais fixé au 16 avril, lors du Capital Markets Day. Luca de Meo y dévoilera une feuille de route censée relancer la croissance, rationaliser l’organisation et restaurer une discipline financière sévère. En attendant, le marché reste sceptique. En cinq ans, l’action Kering a perdu près de 95 % de sa valeur. Un signal brutal : pour les investisseurs, le redressement ne se décrète pas, il devra se prouver, chiffres à l’appui.

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