Le président américain Donald Trump est revenu, mardi, sur ses menaces de limoger Jerome Powell, président du Conseil de la Réserve fédérale, après plusieurs jours de critiques croissantes à son encontre pour ne pas avoir abaissé les taux d’intérêt.
S’adressant aux journalistes dans le Bureau ovale, Trump a déclaré : « Je n’ai pas l’intention de le limoger. J’aimerais le voir plus actif dans l’application de son idée de baisse des taux d’intérêt. »
Cette déclaration apaisante a immédiatement été bien accueillie à Wall Street, les contrats à terme sur les indices boursiers grimpant d’environ 2 % lors de la reprise des échanges mardi soir. Les actions, les obligations et le dollar avaient chuté lundi, après que Trump eut multiplié les attaques contre Powell durant le week-end de Pâques, lui reprochant de ne pas avoir davantage baissé les taux depuis sa prise de fonctions en janvier.
Lors de la même rencontre avec la presse, Trump a également exprimé son optimisme quant à un accord commercial avec la Chine, qui pourrait entraîner une baisse « significative » des droits de douane, renforçant ainsi la confiance des investisseurs. Il a indiqué que l’accord entraînerait une réduction « importante » des tarifs douaniers sur les produits chinois, tout en précisant que l’accord final ne serait « pas proche » des niveaux actuels de taxation, mais que ces tarifs « ne seraient pas nuls » non plus.
L’application hésitante des tarifs douaniers par Trump, ainsi que ses critiques répétées contre Powell et la Réserve fédérale, ont récemment suscité l’inquiétude des investisseurs et intensifié les ventes d’actifs américains, y compris les actions, les bons du Trésor et le dollar.
Les critiques de Trump ont souvent été accompagnées de menaces, comme un message publié sur les réseaux sociaux la semaine dernière, affirmant que le limogeage de Powell « ne pourrait pas arriver assez vite », ou encore des moqueries personnelles, le qualifiant de « grand perdant ». Ces menaces ont alarmé les marchés financiers, qui considèrent l’indépendance de la Réserve fédérale comme cruciale pour préserver sa crédibilité en tant que banque centrale la plus influente au monde et pilier de la stabilité financière mondiale.
Bien que Trump semble avoir mis ses menaces de côté pour le moment, ses critiques à l’égard de la politique monétaire de la Fed restent aussi virulentes. Il a déclaré : « Nous pensons que c’est le moment idéal pour baisser les taux d’intérêt, et nous aimerions que notre président du Conseil le fasse tôt ou à temps, plutôt que trop tard. »
Un vieux contentieux
Les différends entre Trump et Powell remontent aux débuts de la présidence républicaine. Trump avait promu Powell, alors membre du Conseil des gouverneurs de la Fed, à la tête de l’institution, mais il s’est rapidement irrité des hausses de taux d’intérêt menées sous sa direction. Trump avait envisagé publiquement de le limoger, mais ses conseillers l’en avaient dissuadé. Il n’est d’ailleurs pas clair s’il en a le pouvoir. Powell insiste de son côté sur le fait que la loi de 1913, qui a institué la Réserve fédérale, ne le permet pas.
Trump a toutefois affirmé que s’il décidait de le limoger, « cela se ferait rapidement ». La loi stipule que les sept gouverneurs de la Fed, nommés par le président et confirmés par le Sénat pour des mandats de 14 ans, ne peuvent être révoqués que « pour un motif valable », longtemps interprété comme une faute professionnelle, et non pour des désaccords politiques.
Cependant, la loi ne précise pas explicitement les conditions de révocation, tout en fixant la durée du mandat du président de la Fed à 4 ans, parmi les sept gouverneurs.
Cette controverse intervient alors que des affaires judiciaires sont en cours concernant la révocation par Trump de responsables d’autres agences fédérales indépendantes. Les milieux de la Fed suivent de près ces affaires, considérées comme des indicateurs possibles de la capacité du président à démettre des responsables de la Fed, dont l’indépendance politique est pourtant présumée.
La Fed a abaissé ses taux d’intérêt d’un point de pourcentage fin de l’année dernière, les plaçant entre 4,25 % et 4,50 %, mais elle les a maintenus inchangés lors des deux réunions suivantes depuis le retour de Trump à la Maison Blanche. La prochaine réunion du Conseil de la Fed sur les taux d’intérêt est prévue dans deux semaines. Les responsables de la Fed s’inquiètent de ce que les nouveaux tarifs imposés par Trump depuis début février puissent relancer l’inflation, qui a déjà été plus difficile que prévu à ramener à l’objectif des 2 %.
En parallèle, les responsables craignent que ces tarifs ne freinent la croissance, augmentent le chômage et fassent pression sur l’inflation, ce qui compliquerait leur tâche.
Résultat : la Fed adopte une posture de « patience et d’observation » quant à de nouvelles baisses de taux, même si la majorité des responsables envisagent encore des réductions possibles d’ici la fin de l’année.
Les opérateurs sur les contrats à terme sur les taux ont réduit leurs anticipations de baisse après les déclarations de Trump, tablant désormais sur trois baisses de 0,25 point d’ici la fin de l’année, contre quatre auparavant jugées plus probables.
Jusqu’à présent, les indicateurs concrets de l’économie américaine, comme les données sur l’emploi et les ventes au détail, sont restés solides, mais les enquêtes d’opinion auprès des ménages et des entreprises montrent une dégradation rapide de la confiance. Les économistes s’accordent désormais à dire que les risques penchent globalement vers la baisse, à mesure que les effets des tarifs s’accumulent.
Le Fonds monétaire international a d’ailleurs abaissé mardi ses prévisions de croissance pour les États-Unis et l’économie mondiale cette année, citant comme principale raison la politique tarifaire de Trump.