L’autoroute A69 n’est pas encore ouverte à la circulation qu’elle provoque déjà une nouvelle polémique. Cette fois, ce ne sont pas seulement les opposants écologistes qui contestent le projet reliant Castres à Toulouse, mais également plusieurs élus qui l’ont défendu pendant des années. En cause, le tarif annoncé du péage, qui atteindrait 17 euros pour un aller-retour représentant une centaine de kilomètres. Une somme particulièrement élevée pour une infrastructure présentée depuis son lancement comme un moyen de désenclaver le sud du Tarn et d’améliorer les déplacements quotidiens des habitants. Alors que la mise en service des 53 kilomètres de l’A69 est annoncée pour la première semaine de novembre, cette question financière pourrait compromettre l’un des principaux objectifs du projet : attirer suffisamment d’automobilistes pour faciliter les échanges économiques entre Castres et la métropole toulousaine.
La réaction des responsables politiques favorables à l’autoroute témoigne de l’embarras suscité par cette annonce. Christophe Ramond, président socialiste du conseil départemental du Tarn, dénonce une situation financière défavorable aux usagers et met directement en cause la responsabilité de l’État. La présidente de la région Occitanie, Carole Delga, également favorable à cette liaison routière, juge le montant annoncé difficilement acceptable pour les automobilistes. Même inquiétude du côté d’Olivier Fabre, président de la communauté d’agglomération Castres-Mazamet, qui constate un écart important avec les projections tarifaires précédentes. Ces critiques traversent les sensibilités politiques. Bernard Carayon, maire de Lavaur, estime lui aussi nécessaire de revoir les tarifs pour garantir une fréquentation suffisante. Au-delà du mécontentement immédiat, les élus redoutent que le coût du trajet décourage les habitants qui doivent se déplacer régulièrement entre les deux agglomérations. Pour un automobiliste effectuant vingt allers-retours par mois, la facture atteindrait 340 euros de péage, sans compter le carburant.
Un montage financier fragilisé par les réserves du Conseil d’État
Cette hausse tarifaire trouve son origine dans un obstacle juridique concernant le financement de l’autoroute. Un avenant au contrat de concession devait permettre aux collectivités territoriales de verser des subventions afin de réduire d’environ un tiers le montant payé par les usagers. Mais le Conseil d’État a émis un avis défavorable sur ce dispositif. Selon les éléments rapportés par la députée écologiste Christine Arrighi, cette modification risquait de bouleverser les conditions initiales du contrat et son équilibre économique. En l’absence de ce mécanisme, les tarifs annoncés sont donc nettement supérieurs à ceux espérés par les collectivités. La parlementaire, opposante de longue date à l’A69, critique aujourd’hui l’attitude des élus favorables au chantier, leur reprochant de découvrir tardivement les conséquences financières d’un projet qu’ils ont constamment soutenu. Cette situation met en lumière une difficulté majeure des concessions autoroutières : lorsque les conditions de financement changent, les conséquences peuvent se répercuter directement sur les automobilistes, alors même que ces derniers ne participent pas aux décisions contractuelles.
Les élus favorables à l’A69 réclament désormais une rencontre urgente avec le gouvernement pour trouver une solution avant l’ouverture. Le député Jean Terlier, soutien historique du projet, espère notamment des engagements rapides du ministère des Transports, dirigé par Philippe Tabarot. Le concessionnaire Atosca souhaite également qu’une formule permettant d’abaisser les tarifs puisse être trouvée. Mais à quelques semaines de la mise en service, les marges de manœuvre juridiques et financières restent incertaines. L’affaire dépasse désormais le débat environnemental qui a longtemps dominé les discussions autour de cette autoroute. Elle pose la question de son accessibilité économique et de son utilité réelle pour les déplacements quotidiens. Une infrastructure construite pour faciliter la mobilité pourrait en effet perdre une partie de son intérêt si son coût conduit de nombreux conducteurs à privilégier l’itinéraire existant. Après des années de procédures, de manifestations et de controverses, l’A69 doit ainsi surmonter un nouvel obstacle : convaincre les automobilistes que le temps gagné justifie le montant du péage. Pour ses défenseurs, la réussite du projet dépendra désormais autant de son prix que de sa mise en service.

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