Canal+ quitte la TNT: une stratégie assumée qui permet une économie de 20 millions par an
Canal+ quitte la TNT: une stratégie assumée qui permet une économie de 20 millions par an

Le groupe Canal+ a confirmé ce vendredi, lors de son assemblée générale, la fin de la diffusion de ses quatre chaînes payantes sur la télévision numérique terrestre. Une décision stratégique motivée principalement par des considérations économiques : le retrait permettra au groupe audiovisuel de réaliser environ 20 millions d’euros d’économies annuelles, selon ses dirigeants.

« Nous avons fait le choix de sortir de la TNT payante – c’était hier – pour faire des économies, avec un impact très positif pour Canal+ d’un point de vue économique », a déclaré Maxime Saada, président du directoire de Canal+. Cette décision concerne les chaînes Canal+, Canal+ Cinéma, Canal+ Sport et Planète+, qui étaient accessibles via un abonnement TNT.

La directrice financière Amandine Ferré a précisé que les « coûts fixes » de diffusion sur la TNT représentaient environ 5 millions d’euros par an par chaîne. Une charge de plus en plus difficile à justifier, alors que le nombre d’abonnés utilisant cette technologie est en net recul. « La TNT payante est en forte décroissance. Nous avons donc préféré accompagner une migration de ces abonnés vers d’autres plateformes », a-t-elle expliqué, citant notamment les box internet, les offres OTT et le satellite.

Une réorganisation du paysage audiovisuel

Le retrait des chaînes de Canal+ s’inscrit aussi dans un contexte réglementaire tendu. En décembre dernier, le groupe avait annoncé ne pas renouveler la fréquence TNT de sa chaîne gratuite C8, évoquant « un environnement fiscal et réglementaire de plus en plus contraignant ». Depuis le 7 juin, le canal 4, autrefois occupé par Canal+, a été repris par France 4, dans le cadre d’une refonte de la numérotation décidée par l’Arcom, le régulateur de l’audiovisuel.

Cette redistribution des canaux s’inscrit dans une volonté plus large de rééquilibrer l’offre gratuite de la TNT et de mieux refléter les usages des téléspectateurs, de plus en plus tournés vers la consommation à la demande et les plateformes numériques.

Litiges fiscaux et concessions

Canal+ a profité de son assemblée générale pour faire le point sur ses contentieux en cours avec l’État français. Le groupe a annoncé avoir conclu un accord avec le Centre national du cinéma, mettant fin à un litige de longue date sur le calcul de la taxe sur les services de télévision, qui finance la création cinématographique. Cet accord permet à Canal+ d’éviter un paiement de près de 90 millions d’euros pour les années 2020 à 2023.

En revanche, un autre litige majeur demeure, portant sur le taux de TVA applicable à ses offres (10 % ou 20 %). Selon Mme Ferré, ce différend avec le fisc représente un risque de 655 millions d’euros. « Nous dialoguons activement avec les autorités fiscales pour trouver une solution au plus vite », a-t-elle précisé.

Une mutation stratégique vers le numérique

Le retrait de la TNT s’inscrit dans une stratégie plus large de transformation numérique du groupe, qui mise désormais sur le streaming, les abonnements via opérateurs télécoms, et les partenariats internationaux, notamment en Afrique, en Europe centrale, et en Asie.

Avec plus de 26 millions d’abonnés dans le monde selon ses derniers chiffres, le groupe Canal+, filiale de Vivendi, accélère sa mue pour rester compétitif face à des géants comme Netflix, Amazon Prime Video ou Disney+. La TNT devient progressivement un canal marginal dans cette bataille mondiale de l’audiovisuel.

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