L’antisémitisme en Belgique connaît une recrudescence marquée depuis le 7 octobre 2023, date de l’attaque du Hamas contre Israël et du déclenchement de la guerre à Gaza. Cette situation a conduit certains membres de la communauté juive à envisager un départ du pays, une inquiétude confirmée à la fois par des chiffres officiels et par des témoignages recueillis sur le terrain.
Selon l’organisme public Unia, entre le 7 octobre et le 7 décembre 2023, 91 signalements d’actes antisémites ont été enregistrés, soit un volume exceptionnel en comparaison des années précédentes. Plus de la moitié de ces incidents concernaient des propos et insultes en ligne, mais plusieurs cas relevaient également d’agressions et de dégradations ayant nécessité l’intervention de la police et des parquets.
Parmi les faits marquants, le 23 novembre 2023, près de 90 tombes juives ont été profanées au cimetière de Marcinelle (Charleroi). Le 19 décembre, le cimetière juif de Kraainem a lui aussi été dégradé, avec des symboles nazis inscrits sur certaines pierres. Ces événements ont suscité une forte réaction des organisations représentatives de la communauté juive, qui ont dénoncé un climat d’intimidation et demandé un renforcement de la sécurité.
Des slogans antisémites ont par ailleurs été relevés lors de manifestations à Bruxelles, donnant lieu à des enquêtes policières. Ces incidents s’inscrivent dans un contexte plus large : selon l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA), environ 80 % des Juifs en Europe estiment que l’antisémitisme s’est aggravé au cours des cinq dernières années, et la Belgique n’échappe pas à cette tendance.
Le souvenir de l’attentat du Musée juif de Bruxelles en 2014, qui avait fait quatre victimes, reste également présent. Il alimente la crainte d’un passage à l’acte violent, au-delà des profanations ou menaces.
Contactés dans le cadre de ce reportage, plusieurs Juifs de Belgique confirment que la perspective d’un départ est sérieusement envisagée. Certains évoquent Israël comme destination naturelle, d’autres parlent de l’Amérique du Nord, et plusieurs citent la Californie, où ils disposent déjà de réseaux familiaux ou professionnels.
La question du départ est désormais posée au sein de la communauté. Elle s’ajoute au débat politique plus large : la Belgique n’a toujours pas adopté de stratégie nationale de lutte contre l’antisémitisme, malgré les recommandations de la Commission européenne formulées dès 2021.
Dans ce contexte, l’avenir de la communauté juive en Belgique dépendra en partie de la capacité des autorités à répondre aux inquiétudes exprimées et à garantir la sécurité des citoyens concernés.
Lahcen Isaac Hammouch, journaliste correspondant pour Entrevue.fr