Des victimes d’abus sexuels exigent des réformes depuis la ville natale américaine du nouveau pape
Des victimes d’abus sexuels exigent des réformes depuis la ville natale américaine du nouveau pape

CHICAGO — Des survivants d’abus sexuels commis par des membres du clergé ont lancé un appel appuyé mardi, depuis la ville natale américaine du pape Léon XIV, pour une politique mondiale de tolérance zéro à l’encontre des prêtres accusés. Ils ont également soulevé des interrogations sur la manière dont le nouveau pontife a géré des cas d’abus présumés durant ses fonctions passées, de Chicago à l’Australie.

Le groupe SNAP (Survivors Network of those Abused by Priests), qui milite pour les droits des survivants, a cité des cas présumés d’abus dans plusieurs pays — Pérou, Colombie, Canada, Australie — où le cardinal Robert Prevost, désormais pape Léon XIV, aurait selon eux manqué de fermeté. Ils lui reprochent de ne pas avoir suffisamment collaboré avec les autorités civiles, de ne pas avoir parlé publiquement des prêtres accusés et de ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour les écarter définitivement.

SNAP réclame l’adoption d’une loi canonique universelle imposant l’expulsion automatique de tout prêtre ayant commis un acte d’abus sexuel avéré ou reconnu, une mesure en vigueur dans l’Église catholique des États-Unis depuis 2002, mais toujours non imposée au niveau mondial. Les survivants exigent aussi la mise en place d’une commission vérité internationale, des réparations pour les victimes et davantage de transparence.

« Nous espérons que le pape Léon agira correctement. Mais notre expérience nous dit qu’il ne le fera que sous pression », a déclaré Shaun Dougherty, président de SNAP, lors d’une conférence de presse à Chicago.

Aucune accusation n’a été formulée contre le pape lui-même concernant des abus ou une volonté délibérée de maintenir des abuseurs en fonction. Mais les militants estiment qu’il aurait dû intervenir plus tôt dans certains dossiers et que sa gestion de plusieurs cas passés mérite un examen approfondi.

L’un des cas remonte à son passage à la tête de l’Ordre des Augustins dans le Midwest américain, à partir de 1999. Un prêtre accusé de dizaines d’abus y avait obtenu une recommandation pour travailler comme guide touristique à l’aquarium Shedd de Chicago, une destination prisée des familles et des écoles. L’établissement a affirmé en 2003 qu’il n’aurait jamais embauché cet homme s’il avait été informé des allégations.

SNAP dénonce aussi la gestion par l’évêque Prevost de plaintes portées en 2022 contre deux prêtres du diocèse de Chiclayo, au Pérou, qu’il dirigeait alors. L’affaire, transmise à Rome, avait été classée sans suite avant d’être rouverte après son départ. Selon ses défenseurs, Prevost avait agi conformément au droit canon en imposant des restrictions préliminaires, bien que la justice péruvienne ait conclu à la prescription des faits.

Enfin, SNAP critique son passage à la tête du dicastère pour les évêques au Vatican entre 2023 et 2025, période durant laquelle plusieurs évêques accusés d’abus — au Canada, en Colombie, en Australie — ont pu démissionner tout en conservant leur statut. Si Prevost supervisait les enquêtes, les décisions finales revenaient néanmoins au pape François.

Alors que certains au Vatican estiment que les accusations ont parfois été instrumentalisées par des groupes opposés à ses réformes, les survivants insistent sur la nécessité de faire la lumière sur le passé de celui qui incarne désormais la plus haute autorité morale de l’Église catholique.

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