La protection des droits des femmes à l’échelle mondiale fait face à une « attaque en règle », selon des experts et ONG, alors que des coupes budgétaires sévères au sein des Nations Unies entraînent le report, voire l’annulation, de plusieurs mécanismes cruciaux pour l’égalité des sexes. D’après un document interne du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), consulté par Reuters, quatre grands rapports internationaux consacrés aux droits des femmes ne seront pas publiés cette année.
Ces rapports, qui devaient inclure des recommandations essentielles sur la lutte contre la violence domestique, la discrimination et les inégalités structurelles, font partie des 13 documents suspendus pour raisons budgétaires. Le HCDH a vu ses financements volontaires fondre de 60 millions de dollars, notamment à cause des arriérés de contributions et d’une réduction drastique de l’aide américaine décidée sous la présidence de Donald Trump. Cela représente environ 14 % du budget total du bureau en 2024.
« Nous réduisons au silence le dialogue politique », a déploré Pooja Patel, directrice de programme au Service international pour les droits de l’homme à Genève. Les observateurs soulignent que ce recul de l’engagement international survient dans un contexte mondial de régression sur les droits des femmes : selon un rapport onusien publié en mars, un quart des pays ont signalé une détérioration dans ce domaine au cours de l’année écoulée.
Cette crise budgétaire a des conséquences concrètes. Le Centre sur le genre de l’Institut de hautes études internationales à Genève estime que la suspension de ces mécanismes impacte directement la vie quotidienne des femmes et des filles dans les régions les plus vulnérables, où les violences sexistes et les discriminations restent endémiques. « Cela affecte réellement la vie des femmes », a déclaré Claire Somerville, directrice exécutive du Centre.
La 59e session du Conseil des droits de l’homme, tenue cette semaine, a adopté par consensus une résolution suspendant plusieurs mandats de suivi, malgré les inquiétudes exprimées par plusieurs États, dont l’Équateur. Ce dernier a mis en garde contre le signal négatif envoyé à la communauté internationale à un moment où les droits des femmes subissent une pression accrue.
Le Haut-Commissaire Volker Türk a qualifié la situation de « profondément regrettable » dans une lettre adressée au Conseil. Il a promis de fournir d’ici septembre une évaluation complète sur la faisabilité de rétablir les mandats suspendus. Pendant ce temps, ONU Femmes a révélé en mai que 90 % des droits des femmes dans les zones touchées par les crises ne sont plus respectés, pointant un désengagement mondial préoccupant.
La Commission pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes, active depuis 1979, a vu sa prochaine réunion annulée pour cause de manque de liquidités. Pour Laura Somoggi, co-directrice de la fondation Womanity, cela traduit une « dépriorisation manifeste » de l’égalité des sexes à l’échelle mondiale. Un constat partagé par de nombreux acteurs de la société civile, qui dénoncent une dérive dangereuse et appellent à un sursaut international pour remettre les droits des femmes au cœur de l’agenda onusien.