Un pan méconnu de l’histoire de la tapisserie de Bayeux vient de refaire surface en Allemagne. Un minuscule fragment de l’œuvre millénaire, subtilisé pendant la Seconde Guerre mondiale, a été découvert par hasard dans les archives de l’État fédéral de Schleswig-Holstein. L’échantillon textile a été retrouvé parmi les biens de Karl Schlabow, un archéologue allemand ayant travaillé pour la Schutzstaffel (SS) et impliqué dans le pillage d’œuvres d’art orchestré par le régime nazi. Ce dernier aurait secrètement prélevé ces morceaux en 1941 lors d’une étude menée par l’Ahnenerbe, une organisation pseudo-scientifique créée par Heinrich Himmler. D’après la Norddeutscher Rundfunk (NDR), ces fragments avaient été soigneusement conservés entre des plaques de verre dans une propriété familiale avant d’être mis au jour au cours d’un inventaire.
Durant l’occupation allemande de la France, la tapisserie de Bayeux, chef-d’œuvre de l’art roman relatant la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant, avait suscité un vif intérêt parmi les nazis, qui y voyaient un témoignage historique valorisant les peuples d’origine nordique. En 1941, plusieurs archéologues allemands, dont Karl Schlabow et Herbert Jankuhn, avaient été envoyés à Bayeux pour prendre des mesures précises de l’œuvre et en examiner la composition. C’est à cette occasion que des prélèvements ont été effectués, bien que personne n’ait eu connaissance de leur disparition jusqu’à aujourd’hui. Ces fragments volés, probablement issus du dos de la tapisserie, sont considérés comme des biens spoliés et devraient prochainement être restitués à la France, a indiqué Rainer Hering, directeur des Archives d’État du Schleswig-Holstein.
Cette découverte intervient alors que le musée de Bayeux s’apprête à fermer ses portes en septembre 2025 pour une rénovation complète de deux ans, dans le cadre d’un ambitieux programme de conservation financé par l’État. L’échantillon textile retrouvé pourrait ainsi rejoindre l’espace d’exposition du futur musée et permettre d’approfondir les recherches sur la composition de la tapisserie, vieille de près de 1 000 ans. Une conférence de presse prévue le 25 mars en Allemagne devrait révéler davantage d’informations sur la nature exacte de ces fragments et les modalités de leur restitution.