Musée Guimet : le mot « Tibet » au cœur d’une bataille judiciaire
Musée Guimet : le mot « Tibet » au cœur d’une bataille judiciaire

Un conflit éclate autour de la terminologie employée par le musée parisien des Arts asiatiques Guimet. Quatre associations tibétaines ont déposé un recours administratif pour « excès de pouvoir », accusant l’établissement d’effacer progressivement toute mention explicite du « Tibet » dans ses collections et supports. Le musée réfute toute motivation politique.

Un changement de nom contesté et ses implications culturelles

Depuis février 2024, plusieurs modifications de signalétique ont été opérées au sein du musée Guimet : la salle « Népal-Tibet » a été rebaptisée « Monde himalayen », et de nombreux cartels d’exposition, brochures et mentions sur le site internet ont adopté cette nouvelle dénomination. Selon un recours déposé le 2 juillet 2025 par les avocats William Bourdon et Lily Ravon, ce changement témoignerait d’une volonté « d’effacer l’existence du Tibet » et de diluer son identité culturelle au sein d’une appellation géographique plus vague.

Les associations requérantes (dont Étudiants pour un Tibet libre, France-Tibet et Lions des Neiges Mont-Blanc) dénoncent une « atteinte à la mission scientifique et pédagogique » du musée. Elles affirment que les termes actuellement utilisés ne reposent sur « aucune logique scientifique ni historique » et demandent expressément le rétablissement du mot « Tibet » dans l’ensemble des dispositifs du musée. Elles réclament également des réparations à hauteur de 15 000 euros, selon Libération.

Un débat sous tension diplomatique avec la Chine

Ce litige intervient dans un contexte de pressions croissantes exercées par la Chine sur la scène culturelle internationale. Depuis 2023, Pékin remplace dans ses communications le terme « Tibet » par « région autonome du Xizang ». Cette politique linguistique serait, selon les requérants, en train de s’exporter en France via des « injonctions officieuses » venues du Quai d’Orsay. Dans une mise en demeure adressée fin mars au musée Guimet, Me Bourdon alertait déjà sur les conséquences d’un tel alignement sur les « exigences de Pékin » et appelait à restaurer « un usage respectueux de l’identité tibétaine » (Radio France, 28 mars 2025).

Le musée, de son côté, rejette les accusations. Dans un courrier daté du 5 mai, consulté par l’AFP, il argue que l’expression « Monde himalayen » vise uniquement à mieux rendre compte de la richesse des échanges culturels dans cette région vaste et diverse. La directrice Yannick Lintz a assuré que cette décision n’avait « rien de politique ».

Mais pour les plaignants, le symbole est trop lourd pour passer inaperçu. Alors que le musée du Quai Branly a récemment réintroduit la mention « Tibet » dans ses cartels, le refus du musée Guimet est perçu comme une marque de complaisance envers un régime accusé de réprimer la culture tibétaine. À défaut de réponse satisfaisante dans les semaines à venir, le litige sera tranché par le tribunal administratif de Paris.

Partager