Le réalisateur Yves Boisset est décédé ce lundi 31 mars à l’âge de 86 ans à l’hôpital franco-britannique de Levallois-Perret. Cinéaste intransigeant et engagé, il laisse derrière lui une œuvre marquante, profondément ancrée dans les luttes sociales et les scandales politiques des années 1970. Avec Dupont Lajoie (1975), il avait dénoncé le racisme ordinaire dans une France balnéaire et tranquille, provoquant polémiques et remous. Son cinéma, souvent censuré, ne craignait jamais d’interroger les dérives de l’État, les violences policières ou les zones d’ombre du pouvoir.
Ancien assistant de Jean-Pierre Melville, Claude Sautet ou Sergio Leone, Boisset avait rapidement trouvé sa voie : un cinéma de combat, nourri par l’actualité et les faits divers. Un condé (1970) avait été interdit six mois, L’Attentat (1972) inspiré de l’affaire Ben Barka, R.A.S. (1973) évoquait sans détour la torture pendant la guerre d’Algérie. Dans ses films, il s’entourait des plus grands : Jean Carmet, Michel Piccoli, Gian Maria Volonte ou encore Patrick Dewaere.
Un cinéma de combat, de panique, de conscience
Boisset, qui se décrivait comme « le cinéaste le plus censuré de France », avait aussi anticipé les dérives du divertissement avec Le Prix du danger (1983), une satire visionnaire de la télé-réalité. Dans les années 1990 et 2000, il s’était tourné vers la télévision, signant des fictions historiques sur Dreyfus, Laval ou Jean Moulin. Littéraire, féru de sport et passionné par les faits sociaux, il n’a jamais cessé d’alerter, de déranger, de déranger encore.
Jusqu’au bout, Yves Boisset est resté fidèle à sa ligne : celle d’un cinéma qui éclaire, qui accuse, qui refuse le confort des illusions. À l’heure des productions formatées, son œuvre résonne plus que jamais comme un appel à ne pas se taire.