Franck Sorbier convoque les mythes pour sa collection “L’Eldorado”
 Franck Sorbier convoque les mythes pour sa collection “L’Eldorado”

Le couturier français a dévoilé sa collection automne-hiver 2025-2026 dans un défilé riche en références précolombiennes, entre poésie textile et critique du monde moderne.

Une relecture du mythe de l’or et de la conquête

Au Pavillon Wagram, le 9 juillet, Franck Sorbier a fait descendre sur le podium la légende de l’Eldorado. Inspiré par le mythe né en Amérique du Sud au XVIe siècle – celui d’un seigneur recouvert d’or s’immergeant dans un lac sacré – le créateur a livré une lecture à la fois onirique et politique de cette quête d’absolu. En opposant figures incas auréolées de spiritualité et conquistadors vêtus de velours sombres, Sorbier questionne les formes contemporaines d’avidité : cryptomonnaies, pétrole, innovation technologique. Un parallèle assumé, qu’il revendique dans sa volonté de “montrer les Eldorados d’hier et d’aujourd’hui”.

La scénographie relevait d’un théâtre sacré : robes drapées à la main, dentelles brodées, compressions dorées. Mama Quilla, déesse de la lune, ouvrait le bal, suivie de silhouettes andines mêlant cuirasses, plumes et soies précieuses. La palette chromatique évoquait tour à tour la richesse et la terre : or, lie de vin, noir charbon, terre cuite, blanc éclatant. Une création marquée par l’excellence des savoir-faire, du guipure découpé à la main aux volumes sculpturaux, avec des références à l’Art baroque, à Irving Penn ou encore aux traditions andines.

Une haute couture engagée et humaniste

Sorbier, membre permanent de la Chambre syndicale de la Haute Couture depuis 2005, continue d’incarner une mode artisanale et responsable. “Je réalise encore 80 % de la collection moi-même”, précise-t-il, attaché à un rythme de production lent et à une structure modeste. Pour cette saison, seize silhouettes seulement – un choix volontaire contre la démesure des défilés actuels.

La maison a également misé sur la diversité : des mannequins de 11 à 40 ans, de morphologies variées, accompagnés sur scène par Sylvia Saint-Martin, danseuse de l’Opéra de Paris, venue clôturer le show en mariée, légère et sans corset. Un final chorégraphique qui faisait écho à la quête d’un “Eldorado intérieur”, plus spirituel qu’économique. “Travailler dans la sérénité, c’est notre luxe à nous”, résume le créateur, citant au passage Candide de Voltaire comme un modèle de sagesse. Une mode qui revendique sa liberté, sa lenteur, et sa fidélité à l’émotion.

Partager