« Dossier 137 » : Dominik Moll signe un film brûlant sur les violences policières
« Dossier 137 » : Dominik Moll signe un film brûlant sur les violences policières

Présenté en compétition au Festival de Cannes 2025, Dossier 137 de Dominik Moll creuse au scalpel la réalité opaque des violences policières, à travers l’enquête minutieuse d’une commandante de l’IGPN, incarnée par Léa Drucker. Un long-métrage tendu, rigoureux, qui éclaire un sujet politique hautement inflammable.

Un film qui interroge la machine policière

Stéphanie, interprétée avec sobriété et intensité par Léa Drucker, est chargée d’un dossier de plus : un jeune homme, Guillaume, 20 ans, a été grièvement blessé à la tête lors d’une manifestation des Gilets jaunes à Paris en 2018. Sa mère a porté plainte, et l’IGPN – la redoutée « police des polices » – doit faire la lumière sur les circonstances du tir de LBD. Mais rapidement, le cas se révèle plus complexe : les caméras de surveillance ne montrent pas tout, les policiers mis en cause se replient dans le silence, et les éléments se contredisent.

Dans cette affaire, Stéphanie se heurte à un double mur : la solidarité de corps des forces de l’ordre, et l’inertie d’un appareil étatique sous pression politique. Le scénario, écrit avec une précision quasi documentaire, suit chaque étape de son investigation, entre auditions, visionnage d’images, contradictions internes, et souvenirs personnels – Guillaume est originaire de la même ville qu’elle. Cette proximité donne une dimension intime à son engagement.

Une œuvre engagée et scrupuleuse

Dominik Moll, déjà salué pour La Nuit du 12, signe ici son film le plus politique. S’il ne tranche jamais de manière univoque, Dossier 137 ne ménage pas ses critiques : l’usure des forces de l’ordre, mal préparées et mal équipées, l’utilisation inadaptée de brigades d’intervention pour gérer les foules, la difficulté de rendre justice aux victimes dans un système où l’IGPN est à la fois juge et partie.

Le réalisateur multiplie les points de vue, à travers une mise en scène sobre et tendue, portée par l’alternance de champs-contrechamps, et un montage qui respecte les temps morts de la procédure. Il montre la violence des manifestations, mais aussi celle, plus insidieuse, de l’impuissance institutionnelle. Le regard qu’il pose sur les outils de surveillance, omniprésents – caméras de rue, smartphones, badges électroniques – questionne autant qu’il éclaire : utile dans cette affaire, cette surveillance permanente interroge néanmoins la place des libertés individuelles.

Porté par la performance forte de Léa Drucker, Dossier 137 est aussi un portrait de femme, mère attentive, fonctionnaire engagée, qui incarne une forme de résistance silencieuse. Dominik Moll, fidèle à sa démarche, signe un film d’utilité publique, qui donne chair à une problématique essentielle de nos sociétés démocratiques. La salle cannoise ne s’y est pas trompée : la projection s’est soldée par une ovation prolongée.

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