La scène artistique internationale perd l’une de ses voix les plus visionnaires. Koyo Kouoh, curatrice suisso-camerounaise engagée et pionnière, est décédée dans la nuit du 9 au 10 mai 2025, à l’âge de 58 ans. Elle devait prochainement dévoiler le thème de la Biennale d’art de Venise 2026, qu’elle préparait avec une détermination saluée de toutes parts. Sa disparition soudaine suscite une vive émotion dans le monde de l’art contemporain.
Une vie dédiée à la reconnaissance des artistes africains
Née à Douala (Cameroun) et élevée en Suisse, Koyo Kouoh a toujours refusé de se plier aux modèles établis. Après des études dans la finance, elle change radicalement de trajectoire pour s’installer à Dakar où elle fonde en 2008 le centre d’art RAW Material Company. Ce lieu indépendant, à la fois incubateur d’idées, plateforme curatoriale et espace de résidence, a profondément marqué le paysage artistique en Afrique de l’Ouest. Son objectif : offrir aux artistes africains un espace d’expression autonome, sans filtre occidental.
À travers ses projets, Koyo Kouoh a œuvré sans relâche pour replacer les artistes du continent au centre des conversations internationales. En 2019, elle prend la tête du Zeitz Museum of Contemporary Art Africa (Zeitz MOCAA) au Cap, en Afrique du Sud. Sous sa direction, le musée devient une référence mondiale, défendant une vision panafricaine de la création, inclusive et audacieuse.
Une reconnaissance internationale fulgurante
Son engagement est salué jusqu’en Europe, où elle devient en décembre 2024 la première femme africaine nommée commissaire générale de la Biennale de Venise, l’une des plus prestigieuses manifestations d’art contemporain. Elle succède ainsi à Okwui Enwezor, autre grande figure de la critique d’art issue du continent. L’édition 2026, qu’elle préparait avec rigueur et passion, devait être présentée le 20 mai prochain.
Mais la nouvelle de sa mort est venue interrompre brutalement ce projet ambitieux. « Son décès laisse un vide immense dans le monde de l’art », a réagi la Biennale dans un communiqué. « Elle rassemblait les intelligences les plus fines et les voix les plus audacieuses », avait souligné Pietrangelo Buttafuoco lors de sa nomination.
Une parole libre et engagée
Koyo Kouoh ne transigeait jamais avec ses convictions. À ceux qui voyaient encore l’art africain comme un simple “sujet” d’exposition, elle opposait une parole forte et libératrice. Pour elle, l’Afrique n’était pas une limite géographique, mais un espace d’invention et de narration multiples, au-delà des frontières.
Jusqu’à la fin, elle portait ce combat avec brio. Son exposition majeure When We See Us, consacrée à un siècle de peinture figurative panafricaine, est actuellement visible au Bozar de Bruxelles jusqu’au 10 août.