Sous le titre « Dévorer la vie », une série d’expositions est actuellement organisée à Paris et Metz pour faire découvrir l’œuvre de l’artiste italienne Clemens Baruchetti (1923-2016). Artiste d’avant-garde reconnue dans son pays, elle est pourtant restée méconnue en France malgré l’originalité et la portée pionnière de son travail.
Née dans une famille aristocratique à Milan, Baruchetti étudie les beaux-arts dans les années 1950. Elle s’intéresse aux enjeux de son époque, notamment aux questions liées aux droits des femmes. Les années 1960 représentent pour elle un moment de basculement dans la lutte féministe, et son art explore des thèmes aussi percutants que l’avortement, le divorce, les violences domestiques ou encore la libération sexuelle.
Proche du Collectif féministe international, fondé en 1972, qui rassemblait des écrivaines rebelles comme la philosophe italienne Silvia Federici et militait pour la rémunération du travail domestique des femmes, Baruchetti rejoint en 1978 un groupe artistique féminin intitulé « Imaginons » à Varèse. Avec ce collectif, elle participe à la Biennale de Venise.
Refusant de s’enfermer dans un style unique, Baruchetti expérimente aussi bien l’abstraction que la figuration, utilisant des matériaux variés, tissus, objets du quotidien pour créer des œuvres imprégnées d’imagination et d’ironie, sans sombrer dans un discours politique direct lorsqu’elle aborde la condition féminine.
Ses dessins en couleur et en noir et blanc frappent par leur dimension populaire, rappelant le style du pop art américain, où les artistes s’inspiraient de la culture de masse pour s’éloigner des émotions et des thèmes personnels.
Ses installations, souvent réalisées avec des tissus brodés, renvoient au rôle historique des femmes dans la couture. Elle y associe des objets domestiques, ustensiles de cuisine, épingles, fils colorés symbolisant la soumission imposée aux femmes par le système patriarcal.
Avec humour et sarcasme, Baruchetti raconte les histoires des femmes dans une culture dominée par les hommes et appelle à se libérer de cette emprise. On peut voir dans l’exposition des phrases brodées en fil rouge sur des plaques métalliques, ou encore des tissus rembourrés en forme de lèvres et d’organes féminins, cri de protestation contre toutes les formes de violence faites aux femmes.
Ainsi, les objets du quotidien deviennent des symboles de résistance, affirmant que la révolution commence d’abord à la maison.