Cinco de Mayo : entre célébration culturelle et récupération commerciale aux États-Unis
Cinco de Mayo : entre célébration culturelle et récupération commerciale aux États-Unis

AUSTIN, Texas — Aux États-Unis, les célébrations du Cinco de Mayo battent leur plein avec musique, tacos, tequila et décorations festives à l’image de la culture mexicaine — bien que l’authenticité de ces festivités soit souvent remise en question. Tombant cette année un lundi, la majorité des événements ont eu lieu durant le week-end, notamment en Californie et au Texas, où la communauté mexicano-américaine est importante.

À Austin, les enfants ont pu prendre des photos avec des personnages inspirés du film « Encanto », tandis qu’un déjeuner-conférence prévu lundi entendait souligner l’importance historique de cette journée pour les Mexicains et les Américains d’origine mexicaine. À Los Angeles et dans d’autres grandes villes, les défilés, spectacles de mariachi et danses folkloriques en costumes colorés ont rassemblé des foules nombreuses.

Le Cinco de Mayo commémore la victoire en 1862 de l’armée mexicaine sur les troupes françaises, bien plus nombreuses et mieux équipées, lors de la bataille de Puebla. Cette victoire, symbolique mais stratégique, représente un acte de résilience nationale. Au Mexique, cette journée est avant tout célébrée dans la ville de Puebla à travers des reconstitutions historiques. Contrairement à une idée largement répandue aux États-Unis, elle ne marque pas l’indépendance du Mexique, proclamée en septembre 1810.

Outre la méconnaissance historique, les experts dénoncent la récupération commerciale de cette fête. La consommation de tequila, les chapeaux sombreros géants et les clichés caricaturaux ont progressivement éclipsé le sens originel de cette journée. « Ce jour est devenu un produit marketing », déplore Sehila Mota Casper, directrice de Latinos in Heritage Conservation, qui appelle à se réapproprier l’histoire du Cinco de Mayo au-delà des stéréotypes.

Pour Jacob Troncoza, 49 ans, le Cinco de Mayo reste un moment de transmission familiale. « Je m’assure que mes enfants comprennent le contexte historique, les batailles livrées par nos ancêtres », explique cet habitant de Los Angeles d’origine mexicaine. À l’inverse, Andrea Ruiz, 23 ans, ne célèbre pas la date, soulignant l’ironie d’un pays qui marginalise les Mexicains tout en s’appropriant leur culture le temps d’une journée.

Alors que Donald Trump a reconnu le Cinco de Mayo durant son premier mandat avec un message controversé accompagné d’un « taco bowl », son retour à la Maison-Blanche en 2025 s’est accompagné de nouvelles mesures contre l’immigration. La suppression des programmes fédéraux de diversité et le durcissement des politiques migratoires contrastent fortement avec la célébration publique d’une culture que son administration cible régulièrement.

Cette année, les organisateurs du défilé de Chicago ont annulé l’événement, évoquant une crainte liée aux récentes opérations de l’immigration dans la ville. Une illustration, selon eux, du climat ambiant d’hostilité, même au cœur d’une fête censée promouvoir la fierté et la richesse de l’héritage mexicain aux États-Unis.

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