À quelques jours de l’ouverture de la 61e Biennale internationale d’art de Venise — « In Minor Keys », prévue du 9 mai au 22 novembre 2026 — le jury a annoncé qu’il n’examinerait pas les candidats issus de pays dont les dirigeants font actuellement l’objet de poursuites devant la Cour pénale internationale. Sans les nommer explicitement, la décision vise la Russie et Israël : Vladimir Poutine est poursuivi pour des crimes de guerre présumés contre des enfants en Ukraine, et Benyamin Netanyahou pour des crimes de guerre et crimes contre l’humanité à Gaza. Les cinq jurés, chargés de désigner les lauréats des Lions d’or et d’argent parmi 110 participants, ont indiqué se sentir « tenus de s’engager en faveur de la défense des droits humains ».
Le pavillon russe maintenu mais fermé au public, l’UE brandit la menace financière
Cette décision intervient dans un contexte de tensions intenses autour du retour du pavillon russe, exclu depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022 et réintégré cette année à l’initiative du nouveau président de la Biennale, Pietrangelo Buttafuoco. Ce revirement avait suscité de vives critiques, du gouvernement ukrainien — qui avait exhorté les organisateurs à revenir à leur position initiale dès le 8 mars — mais aussi du gouvernement italien de Giorgia Meloni, pourtant fervente alliée de Kiev. C’est finalement une menace financière qui a fait bouger les lignes : courant avril, la Commission européenne a adressé une lettre à la Biennale l’informant de son intention de suspendre, voire de résilier définitivement, une subvention de 2 millions d’euros sur trois ans si le pavillon russe restait présent. La Biennale disposait de 30 jours pour répondre. Le pavillon russe demeurera fermé au public durant toute la durée de l’événement, mais restera accessible à la presse du 6 au 8 mai et lors d’un vernissage privé. Ce compromis n’a pas suffi à apaiser les tensions : le ministre italien de la Culture Alessandro Giuli a annoncé qu’il n’assisterait ni aux jours précédant l’ouverture ni à la cérémonie d’ouverture du 9 mai.
Israël maintenu mais exclu des prix, des disparités qui font débat
Contrairement au russe, le pavillon israélien restera ouvert au public, dans son emplacement temporaire à l’Arsenal. Mais il est lui aussi privé de toute possibilité de remporter une récompense. Le ministère israélien des Affaires étrangères a vivement critiqué cette décision le 27 avril, estimant que la Biennale était passée d’un espace de liberté d’expression à un lieu « d’endoctrinement politique anti-Israël ». Par ailleurs, une lettre ouverte signée le 1er avril par plusieurs artistes internationaux, dont les Libanais Joana Hadjithomas et Khalil Joreige et le Français Éric Baudelaire, réclamait l’exclusion non seulement d’Israël et de la Russie, mais aussi des États-Unis, accusés d’agir comme une puissance « prédatrice ». Le pavillon américain n’est cependant visé par aucune exclusion, Donald Trump ne faisant pas l’objet de poursuites devant la CPI — une disparité qui ne manque pas, elle aussi, de susciter des critiques à l’approche d’une ouverture qui s’annonce particulièrement tendue.
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