SANTA FE, Nouveau-Mexique — La Semaine de la mode autochtone de Santa Fe, qui a débuté vendredi pour trois jours de défilés, rassemble des créateurs issus des Premières Nations à travers l’Amérique du Nord, mêlant traditions ancestrales et influences contemporaines dans l’un des pôles artistiques majeurs de l’art indigène.
Organisée en parallèle du célèbre Indian Market de Santa Fe, cette édition marque une collaboration inédite avec la Semaine de la mode autochtone de Vancouver, illustrant une solidarité culturelle entre artistes du Nord et du Sud. Un second défilé indépendant, tenu dans le quartier ferroviaire de la ville, a presque doublé l’effervescence en coulisses.
Les collections de vendredi ont dévoilé une diversité de matières et d’esthétiques : parasols en soie, sweats matelassés, bottes en fourrure montant jusqu’aux genoux, boucles d’oreilles en daim descendant jusqu’à la taille. Les modèles étaient portés par des mannequins professionnels, des danseurs et même des figures autochtones issues du monde politique ou du petit écran.
« La mode autochtone raconte une histoire, celle de notre identité individuelle et collective », explique Patricia Michaels, créatrice taos-pueblo et ancienne finaliste de Project Runway. « Chaque designer ici puise dans son propre héritage culturel pour exprimer ce qui l’inspire. »
Sage Mountainflower, créatrice originaire du pueblo d’Ohkay Owingeh, a présenté sa collection “Taandi” (printemps, en langue Tewa), un hommage en satin et en mousseline à la mémoire familiale et à la renaissance de la saison. Elle a grandi dans le milieu artistique de Santa Fe, avant de revenir à la mode après une carrière dans l’administration environnementale.
Plus de 20 stylistes participent à l’événement organisé par la Southwestern Association for Indian Arts (SWAIA). La ville de Santa Fe, qui abrite quotidiennement des marchands de bijoux autochtones sur sa place centrale, accueille également des formations diplômantes en mode à l’Institut des arts amérindiens.
Des créateurs canadiens apportent aussi leur vision. Randi Nelson, artiste secwépemc venue du Yukon, a présenté des pièces confectionnées à partir de peaux de caribou et d’orignal, tannées de manière traditionnelle sans produits chimiques. « Il n’existe pas de style pan-autochtone », insiste-t-elle. « Nous nous inspirons de nos nations respectives, de nos enseignements familiaux, tout en les modernisant. »
April Allen, styliste inuk du Labrador, a impressionné avec une robe en maille représentant des gouttelettes d’eau, évoquant les enjeux d’accès à l’eau potable pour les communautés nordiques. Sa collection était accompagnée de chants vocaux instinctifs interprétés par la musicienne et mannequin inuite-mohawk Beatrice Deer.
Dans un style urbain, le créateur Jeremy Donavan Arviso, basé à Phoenix, a présenté une ligne streetwear influencée autant par les grandes marques internationales que par ses racines diné, hopi, akimel et tohono o’odham. Il compare son approche à celle du sampling en musique, mêlant références culturelles et codes contemporains. Son défilé a été introduit par une performance de la danseuse de ballet Madison Noon, venue de Toronto.
Parmi les modèles vedettes de cette édition figurait l’ancienne secrétaire à l’Intérieur des États-Unis, Deb Haaland, membre du pueblo de Laguna, qui portait une tenue signée Patricia Michaels et des bijoux de la célèbre orfèvre Veronica Poblano, du pueblo Zuni. Une manière forte de rappeler que la mode autochtone est bien plus qu’esthétique : elle est aussi politique, identitaire et profondément vivante.