En ouvrant la 78e édition du Festival de Cannes, l’acteur français a mêlé humour, admiration et lucidité politique dans un plaidoyer vibrant pour un cinéma conscient et courageux.
Une cérémonie d’ouverture à la hauteur des tensions du monde
C’est avec un mélange subtil de second degré et de gravité que Laurent Lafitte a inauguré mardi soir la 78e édition du Festival de Cannes. Déjà maître de cérémonie en 2016, l’acteur a une nouvelle fois utilisé son aisance sur scène pour porter un message engagé, en phase avec les crispations contemporaines.
Dans son discours d’ouverture, Lafitte a d’abord installé un ton léger, plaisantant sur sa propre filmographie comparée à celle de Stanley Kubrick. Mais rapidement, il a glissé vers un propos plus sérieux, soulignant que les combats pour l’écologie, les droits des femmes, des personnes LGBTQIA+, ou encore la question migratoire, sont devenus des sujets à la fois cinématographiques et profondément politiques. Et de dénoncer une époque où ces mêmes thématiques sont « devenues des mots interdits par la première puissance mondiale », en référence aux États-Unis de Donald Trump, sans jamais le nommer.
« À l’heure où tout acte artistique est scruté, voire instrumentalisé, nous devons réfléchir à ce que l’on choisit de dire, mais aussi à ce que l’on choisit de ne pas faire », a déclaré l’acteur, affirmant qu’une carrière d’artiste, comme celle d’un citoyen, se définit autant par ses engagements que par ses refus.
Hommages et piques : un équilibre délicat
Laurent Lafitte a salué des figures marquantes de l’engagement au cinéma, de Marlene Dietrich à Isabelle Adjani, sans oublier Adèle Haenel et son départ retentissant des César en 2020. Il a aussi évoqué Volodymyr Zelensky, « un acteur devenu chef de guerre », pour rappeler la portée politique que peut avoir le parcours d’un artiste.
S’adressant à une audience internationale, il a défendu l’idée que « même le cinéma commercial devient politique lorsqu’il donne l’exemple », lançant une pique claire, bien que non explicite, aux dirigeants qui coupent dans les aides humanitaires au lieu d’« enfiler leur armure pour sauver le monde », une référence à peine voilée aux super-héros de Marvel et à l’ex-président Trump.
Enfin, il a rendu hommage à Cannes, ce « temple profane » où, selon lui, « on protège le cinéma du réel » et où tous les récits ont leur place, qu’ils soient militants, poétiques ou divertissants. Une manière pour Lafitte de rappeler que la Croisette est aussi un miroir de l’époque, et un lieu propice pour éveiller les consciences — sans renoncer à l’élégance.