Avec L’Ombre de mon père (My Father’s Shadow), le réalisateur Akinola Davies Jr. signe une entrée historique pour le Nigeria au Festival de Cannes, en devenant le premier film nigérian à intégrer la sélection officielle. Présenté dans la section Un Certain Regard, ce premier long métrage, coécrit avec son frère Wale Davies, mêle récit intime et fresque sociopolitique dans un Nigeria de 1993 au bord de l’implosion.
L’histoire se déroule sur une seule journée marquante : un père absent réapparaît dans la vie de ses deux fils et les emmène à Lagos, alors que le pays est secoué par l’annulation controversée des premières élections libres organisées depuis une décennie sous régime militaire. Le père cherche à récupérer de l’argent que lui doit son employeur, mais c’est surtout une tentative de réintégrer une cellule familiale brisée. Ce contexte politique instable sert de toile de fond à une exploration plus profonde des liens filiaux et de la masculinité.
Pour Davies, L’Ombre de mon père est un projet personnel. « Ce film devait avoir du sens pour moi, pour mon frère, pour notre famille, pour notre communauté… et d’une certaine façon, pour la masculinité dans son ensemble », a-t-il expliqué à Reuters. Tourné avec les jeunes frères Godwin (11 ans) et Chibuike Marvellous Egbo (8 ans), dans des rôles semi-autobiographiques, le film s’attache à capturer l’innocence et la confusion enfantines face à l’abandon et au silence des adultes.
Sope Dirisu, connu pour son rôle dans Gangs of London, incarne ce père ambivalent, à la fois figure d’autorité et homme fragile. Fils d’immigrés nigérians, l’acteur britannique a confié avoir été profondément marqué par le tournage, qui l’a amené à interroger sa propre identité, sa relation à son héritage culturel et sa vision de la paternité.
Le film a déjà reçu des critiques élogieuses : The Guardian lui attribue quatre étoiles sur cinq, saluant un « conte de passage à l’âge adulte subtil et intelligent », tandis qu’IndieWire le qualifie de « drame magnifiquement mémorisé », lui donnant la note de B+.
Davies espère que cette visibilité cannoise ouvrira la voie à davantage de productions africaines dans les grands festivals internationaux. « Les histoires africaines existent », a-t-il déclaré. « Il faut juste qu’elles trouvent leur chemin jusqu’à ces plateformes. » En rejoignant une sélection qui comprend cette année les premiers films de Kristen Stewart, Scarlett Johansson et d’autres figures du cinéma mondial, L’Ombre de mon père marque un tournant prometteur pour le cinéma nigérian sur la scène internationale.