CANNES – En compétition au Festival de Cannes avec son nouveau long métrage Femme et enfant, le cinéaste iranien Saeed Roustaee a exprimé vendredi ses inquiétudes quant à son retour en Iran, malgré les précautions prises pour éviter toute confrontation avec les autorités de son pays. Le réalisateur de 35 ans, déjà condamné en 2022 à une peine de prison avec sursis pour avoir présenté son précédent film Les Frères de Leila sans autorisation officielle, redoute une nouvelle sanction.
« La dernière fois, ils m’ont pris mon passeport », a-t-il rappelé lors d’une conférence de presse à Cannes. « Cette fois, j’espère que non. Je veux juste rentrer chez moi. » Son film précédent, salué par la critique, avait été projeté au festival sans l’aval du gouvernement iranien, ce qui lui avait valu une interdiction de quitter le territoire pendant plusieurs mois.
Dans Femme et enfant, présenté jeudi soir en première mondiale, Roustaee suit le parcours tragique d’une mère célibataire, interprétée par Parinaz Izadyar, dont la décision d’épouser son compagnon déclenche une série de bouleversements. Le réalisateur a insisté sur le fait que le film avait scrupuleusement respecté les lignes rouges imposées par la République islamique, notamment en évitant de montrer des femmes sans voile.
« Je ne sais pas dans quelle mesure je m’autocensure, mais en fin de compte, je vis en Iran », a-t-il confié. « Je tourne des films en Iran et je veux qu’ils soient montrés en Iran, donc je me fixe moi-même certaines limites. » Il a souligné que sans autorisation officielle, il aurait été impossible de tourner ce film.
Roustaee, qui déplore l’impact personnel de la répression – notamment sur sa famille – affirme que les sanctions touchent bien au-delà du seul artiste visé. « Peut-être que vous pouvez le gérer vous-même, mais quand vous voyez que vos parents âgés ne le peuvent pas, cela fait encore plus mal. »
Femme et enfant est l’un des deux films iraniens en compétition cette année pour la Palme d’Or, aux côtés de Ce n’était qu’un accident de Jafar Panahi. Ce dernier, longtemps interdit de voyage, a lui aussi été récemment autorisé à quitter l’Iran pour Cannes, où il a déclaré son intention de rentrer malgré l’absence d’agrément officiel pour son œuvre.
Avec 22 films en lice pour le prix suprême du festival, la présence de deux cinéastes iraniens souligne la vitalité du cinéma d’auteur du pays, mais aussi les dilemmes auxquels sont confrontés ses artistes : entre liberté d’expression et censure, reconnaissance internationale et répression domestique.