Kim Novak ovationnée à Deauville : “J’ai fini par accepter de mériter ces hommages” (Image : Sandrine Oljupe)
Kim Novak ovationnée à Deauville : “J’ai fini par accepter de mériter ces hommages” (Image : Sandrine Oljupe)

À 92 ans, Kim Novak a reçu un Prix d’honneur au Festival du cinéma américain de Deauville, marquant son retour en France trente-six ans après sa dernière venue. L’icône hollywoodienne, qui a marqué l’histoire du cinéma avec Sueurs froides d’Alfred Hitchcock, est venue présenter un documentaire consacré à sa carrière et prononcer un discours qui a ému la salle.

Une légende saluée, un passé assumé

C’est le chorégraphe Benjamin Millepied qui lui a remis le prix samedi 6 septembre. Visiblement touchée, l’actrice a reconnu qu’elle avait d’abord eu du mal à comprendre l’élan d’hommages successifs reçus ces derniers mois — à Berlin, à Venise, puis à Deauville. “J’ai fini par me dire que je devais les mériter”, a-t-elle déclaré sur scène.

Depuis des décennies, Kim Novak a quitté les plateaux de tournage pour se consacrer à la peinture. Cette distance avec Hollywood ne l’empêche pas de porter un regard lucide sur ce qu’elle a vécu. Dans le documentaire Kim Novak’s Vertigo, présenté lors du festival, elle revient notamment sur la manière dont les studios ont tenté de contrôler son image. À ses débuts, elle avait même dû renoncer à son prénom de naissance, Marilyn, et se plier aux exigences d’un système où tout était dicté : apparence, relations, publicités.

“Il vient un moment où vous vous lassez”

Le poids de son image, l’actrice ne l’a jamais vraiment oublié. Lors de son discours à Deauville, elle a évoqué cette époque où sa beauté, encensée, a fini par l’enfermer : “On devient un corps à qui l’on ne donne pas la parole. On est regardée, pas écoutée.”

Elle est aussi revenue sur sa relation avec Sammy Davis Jr. en 1957, interrompue sous la pression des studios et du racisme ambiant. Ce fut, selon ses mots, une véritable histoire d’amour, brisée par des menaces de mort reçues par le chanteur afro-américain. Il fut contraint d’épouser une femme noire pour calmer la polémique. “Le racisme était plus fort que nous”, a-t-elle confié devant le public.

Une liberté trouvée dans la peinture

Aujourd’hui, Kim Novak trouve dans l’art plastique une forme de réparation. Elle a confié qu’elle aurait aimé être réalisatrice, pour avoir le contrôle qu’elle n’a jamais eu dans le cinéma. “Mes toiles me permettent une liberté totale. Quand je regarde certains films, je me dis souvent que je les aurais tournés autrement.” Si elle reste intellectuellement attirée par le cinéma, elle estime ne plus avoir la mémoire nécessaire pour reprendre un rôle.

Son discours s’est terminé sur un hommage aux journalistes venues l’écouter. “Vous êtes le capitaine de votre bateau, et j’ai l’impression que vous savez où vous allez”, a-t-elle lancé, souriante. L’émotion était palpable dans la salle, et Kim Novak, sans nostalgie, a affirmé vouloir continuer à transmettre à travers ses œuvres. “Quand je ne serai plus là, il restera l’art. Toutes les réponses sont là.”

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