Avec lui, Hollywood est entré dans l’ère des blockbusters. Mais Steven Spielberg n’est pas qu’un roi du divertissement : c’est un conteur hors pair, capable de faire surgir la peur au coin d’un virage (dans Duel), de faire pleurer un monde entier avec un extraterrestre (E.T.), ou de filmer l’horreur de la Shoah sans détour (La Liste de Schindler). Portrait d’un réalisateur visionnaire, dont le cinéma a su faire dialoguer l’innocence et le chaos.
Un enfant juif de l’Amérique banlieusarde, passionné de monstres et de trains miniatures
Né à Cincinnati en 1946 dans une famille juive d’origine ukrainienne, Steven Spielberg grandit entre New Jersey et Arizona. Il est encore adolescent lorsqu’il réalise ses premiers courts-métrages en 8 mm, souvent inspirés par les récits de guerre de son père, ingénieur chez General Electric. Dès Escape to Nowhere (1961), son imaginaire est habité par les conflits, les traques, les peurs primitives.
En 1968, son court-métrage Amblin’, tourné sans dialogues, attire l’attention d’Universal. Il signe alors, à 22 ans, un contrat de sept ans avec le studio – une première à cet âge. Spielberg n’a pas étudié dans une prestigieuse école de cinéma, mais apprend sur le terrain, notamment en réalisant des épisodes de séries télévisées (Night Gallery, Columbo). Sa mise en scène dynamique et instinctive ne passe pas inaperçue.
Son premier coup d’éclat survient en 1971 avec Duel, téléfilm haletant où un modeste automobiliste est traqué par un mystérieux camionneur. Le film, salué par la critique, est projeté en salles en Europe, où il devient culte. Spielberg a trouvé son langage : celui d’un cinéma sensoriel, tendu, ancré dans les obsessions modernes.
De la machine à rêves aux fantômes de l’Histoire
Avec Les Dents de la mer (1975), Spielberg donne naissance au blockbuster moderne. Le film devient le plus gros succès de l’époque, reléguant au second plan ses échecs initiaux (Sugarland Express). La recette est simple : tension, spectacle, musique inoubliable de John Williams, et un sens aiguisé du rythme. Rencontres du troisième type (1977) confirme sa fascination pour l’inconnu et les créatures venues d’ailleurs. E.T. (1982), fable d’amitié entre un enfant et un extraterrestre, bouleverse des générations entières.
Mais Spielberg refuse de se laisser enfermer dans un seul genre. Avec La Couleur pourpre (1985) ou Empire du soleil (1987), il aborde des récits plus graves. En 1993, il signe un double coup historique : Jurassic Park, triomphe technologique et commercial, et La Liste de Schindler, plongée en noir et blanc dans l’extermination des Juifs d’Europe. Ce dernier lui vaut l’Oscar du meilleur réalisateur et marque un tournant dans sa carrière. Il revient encore sur la Seconde Guerre mondiale avec Il faut sauver le soldat Ryan (1998), salué pour son réalisme brutal.
Dans les décennies suivantes, Spielberg alterne les genres avec une aisance rare : science-fiction (Minority Report, A.I.), drame politique (Munich, Lincoln), aventures (Les Aventures de Tintin, Ready Player One) ou comédies (Arrête-moi si tu peux). Il reste fidèle à ses collaborateurs de toujours, comme John Williams pour la musique ou Janusz Kamiński à la photographie.
Créateur de DreamWorks et fondateur d’Amblin Entertainment, Spielberg est aussi un producteur prolifique (Retour vers le futur, Men in Black, Urgences). Sa capacité à toucher le grand public tout en interrogeant les traumatismes collectifs fait de lui un cinéaste total, qui a su faire cohabiter l’enfance et l’horreur, la magie et la mémoire.
Quelques films clés de Steven Spielberg :
• Duel (1971)
• Les Dents de la mer (1975)
• Rencontres du troisième type (1977)
• E.T., l’extra-terrestre (1982)
• Indiana Jones : Les Aventuriers de l’Arche perdue (1981)
• La Liste de Schindler (1993)
• Il faut sauver le soldat Ryan (1998)
• Minority Report (2002)
• Munich (2005)
• Lincoln (2012)
• Ready Player One (2018)
Avec Spielberg, le cinéma reste un terrain de jeu, un miroir de l’Histoire et une exploration inlassable de l’âme humaine.