Sous une voûte florale suspendue, baignée de lumière étoilée, la crème du monde artistique, de la mode et du spectacle s’est réunie lundi soir pour un Met Gala historique à New York. Pour la toute première fois, l’événement a été entièrement dédié au style noir et aux créateurs afro-descendants, une célébration saluée comme « monumentale » par de nombreux invités.
« C’est long à venir, mais on y est », a lancé le cinéaste Spike Lee, lunettes orange et casquette des Knicks assortie vissée sur la tête, pendant le cocktail d’ouverture. « Ce qui compte, c’est qu’on célèbre enfin ce qu’on aurait dû honorer depuis longtemps. Il va y avoir des répercussions dans le monde entier. »
L’exposition associée au gala, intitulée Superfine: Tailoring Black Style, explore la mode masculine noire du XVIIIe siècle à nos jours à travers le prisme du dandysme. Parmi les premiers visiteurs, le réalisateur Baz Luhrmann s’est étonné que « la puissance sartoriale noire ait mis autant de temps à être mise en lumière ».
L’émotion était palpable pour Whoopi Goldberg, présente en mémoire de son ami André Leon Talley, icône de la mode noire disparu en 2022, et à qui une section de l’exposition rend hommage. « Ils l’ont honoré comme il se doit », a-t-elle confié, habillée de pied en cap par Thom Browne.
Le dandysme, thème central de la soirée, a suscité des interprétations variées. Pour Spike Lee, il s’agit simplement de « faire son propre truc ». Pour la comédienne Audra McDonald, c’est un acte de réappropriation identitaire, tandis que le révérend Al Sharpton l’a défini comme « une forme silencieuse de militantisme », une manière de refuser l’effacement en s’affirmant avec élégance.
La charge politique du gala n’a pas échappé aux participants. « C’est un message fort à envoyer à un moment où la diversité est attaquée au plus haut niveau de l’État », a déclaré Sharpton. « Cette soirée, c’est plus puissant que cent marches. »
Dans le Grand Hall du Met, les invités ont été accueillis par des pétales suspendus — en tissu — symbolisant des narcisses, accompagnés d’une performance musicale d’orchestre sur des classiques soul. Beaucoup ont pris le temps de découvrir l’exposition avant de se retrouver au cocktail dans l’Engelhard Court, puis au dîner signé Kwame Onwuachi. Au menu : salade de papaye, poulet créole, pain de maïs, et un dessert cosmique à base de brownie et de mousse de beignet.
Pour les nouveaux venus comme le mannequin Christian Latchman, 19 ans — visage de la couverture du catalogue de l’exposition — ou l’acteur Keith Powers, la soirée a été marquée par « de l’émerveillement, de l’anxiété… et beaucoup d’inspiration ». Une célébration éclatante d’un héritage longtemps négligé, désormais sous les projecteurs.