Cannes 2025 : Le réalisateur Kei Ishikawa présente "A Pale View of Hills", une adaptation poignante du premier roman de Kazuo Ishiguro
Cannes 2025 : Le réalisateur Kei Ishikawa présente "A Pale View of Hills", une adaptation poignante du premier roman de Kazuo Ishiguro

CANNES, 17 mai 2025 — Pour Kei Ishikawa, adapter A Pale View of Hills au cinéma représentait une course contre le temps. Présenté dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes, ce drame introspectif, tiré du premier roman du Nobel de littérature Kazuo Ishiguro, retrace les souvenirs d’Etsuko, survivante du bombardement de Nagasaki, et ses relations avec sa fille dans l’Angleterre des années 1980.

« Les obstacles étaient élevés, mais j’étais convaincu que si j’avais une chance de faire ce film, je devais la saisir maintenant », a confié Ishikawa à Reuters. Pour le réalisateur japonais, il était crucial de capter encore, tant qu’il est temps, la mémoire vivante des derniers témoins de la Seconde Guerre mondiale. « Dans quelques années, nous ne pourrons peut-être plus entendre leurs histoires, et cela m’a beaucoup pesé », a-t-il ajouté.

Le film, interprété notamment par Suzu Hirose et Yoh Yoshida, a été salué par The Hollywood Reporter comme un « joyau caché » de cette édition cannoise. Il mêle trauma historique et drame familial, dans une narration intimiste fidèle à l’écriture d’Ishiguro.

L’auteur, présent sur la Croisette en tant que producteur exécutif, a souligné la différence de ton de cette adaptation par rapport à ses précédents romans portés à l’écran, tels que Les Vestiges du jour ou Never Let Me Go. « Ce livre était très personnel. Quand je l’ai écrit, en 1982, cela ne faisait que 35 ans que la guerre était terminée. Aujourd’hui, deux générations nous séparent de cette époque », a-t-il rappelé.

Pour Ishiguro, l’adaptation d’Ishikawa permet de transmettre ces récits douloureux à une nouvelle génération. « Il a vraiment fait ce film pour le public d’aujourd’hui, pour sa génération et la suivante », a-t-il salué.

Le film se veut aussi une réponse aux clichés tenaces sur les femmes japonaises. « On les imagine souvent soumises, en retrait, mais ce n’était pas du tout le cas », affirme Ishikawa. À travers le regard d’Etsuko, il entend offrir une représentation plus authentique et nuancée. « Ce film peut rafraîchir l’image du Japon lui-même », estime-t-il.

Présenté à Cannes dans un contexte de mémoire et de transmission, A Pale View of Hills s’annonce comme une œuvre à la fois intime et universelle, au croisement de l’histoire collective et des blessures individuelles.

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