Révélé comme acteur dans Triangle of Sadness ou Iron Claw, Harris Dickinson passe derrière la caméra avec Urchin, un drame social intense présenté à Cannes dans la sélection Un certain regard. Il y explore, avec sensibilité et lucidité, le combat d’un jeune SDF londonien face à ses démons intérieurs.
Une immersion réaliste dans les rues de Londres
Dans Urchin, Harris Dickinson met en scène Mike, un jeune sans-abri au passé chaotique qui tente de reprendre pied après un séjour en prison. Dès les premières scènes, Franck Dillane, dans le rôle principal, incarne ce personnage en perpétuel déséquilibre : tour à tour attachant et imprévisible, il lutte pour rester à la surface. Dickinson le confronte à une réalité rugueuse – les foyers, les petits boulots, les tentations – qu’il filme avec un regard à la fois bienveillant et sans concession.
Ce premier long-métrage, tourné à Londres à l’été 2024, évite les écueils du pathos. Il montre la reconstruction progressive d’un homme abîmé, aidé par quelques figures bienveillantes comme Andrea (Megan Northam), mais qui reste maître de ses décisions, et donc de ses échecs. Comme le répète l’audio de développement personnel qu’il écoute en boucle : « Vous êtes aux commandes. » Une phrase qui résume à elle seule la philosophie du film.
Un récit d’addiction traité sans misérabilisme
Urchin ne cherche pas à offrir une lecture politique du sort des SDF, mais plutôt une réflexion intime sur la solitude, la rechute, et la liberté. La mise en scène illustre avec force cette tension constante entre volonté de s’en sortir et retour inéluctable vers l’autodestruction. Dickinson, qui s’offre un second rôle face à Dillane, incarne un double sombre de Mike, Nathan, comme un rappel que les bonnes intentions ne suffisent pas toujours.
Le film est aussi porté par une bande-son marquante, mêlant titres pop nostalgiques comme Whole Again d’Atomic Kitten ou Voyage, voyage de Desireless, à des compositions originales signées Alan Myson. Quelques scènes oniriques – une vieille dame symbolisant peut-être la mort, ou une grotte énigmatique – trahissent parfois une certaine ambition esthétisante, mais sans déséquilibrer le propos.
Produit par le British Film Institute et la BBC, Urchin confirme que Harris Dickinson n’est pas seulement un talent à l’écran. Avec ce premier film sincère et sobre, il s’impose aussi comme une voix prometteuse derrière la caméra.